Les années cinquante
Que s'est-il passé en France depuis la guerre,
depuis Sartre et l'existentialisme, depuis la
grande mutation des années soixante
marquée par l'émergence des
pensées rebelles de Derrida, Deleuze ou
Foucault et par la grande offensive du
structuralisme liée au développement
des sciences humaines ?
Cinquante ans de philosophie française est une
réponse en quatre expositions (de 25
à 30 panneaux) à cette question de philosophie.
La première exposition : Les
années cinquante
La première exposition s'efforce de
décrire, sous la forme d'une coupe
chronologique, les principaux courants qui ont
constitué cette période, tout en
essayant de dégager leurs conditions de
possibilité. Une dominante
incontestée : celle des philosophies
qui, sous le chef déclaré de l'«
existentialisme » ou de l'«
être-au-monde », ont voulu proposer une
représentation synthétique du sujet
humain comme puissance à la fois de
connaissance, de conscience de soi et d'action sur
le monde (Sartre et l'existentialisme).
Issues d'une certaine lecture de la
phénoménologie allemande (Husserl et
Heidegger), ces philosophies (Sartre,
Merleau-Ponty) ont déployé leur
pouvoir de questionnement jusque dans les champs de
la littérature ou de l'art et de la
politique.
Il était nécessaire en même temps
de rappeler l'importance pour cette
génération de la pensée
hegelienne (une philosophie humaniste et tragique
de l'histoire reçue à travers
Kojève) non moins que celle d'un marxisme
omni-présent constitué comme un
système d'énoncés
« indépassables » sur la
société, l'histoire, le combat
politique. Occasion de signaler,
parallèlement à la dominance
stalinienne du marxisme officiel,
l'émergence déjà d'un marxisme
critique (Castoriadis, Lefort) qui sera
décisif pour la période
suivante.
Enfin, il convenait de confronter ces philosophies de
l'existence avec la pensée puissante et
singulière de Georges Bataille,
théoricien de la « part maudite »
au confluent de l'ontologie, de l'anthropologie, de
la politique et de la littérature. Lecteur
de Hegel mais aussi de Sade et de Nietzsche (deux
auteurs qui ne surgiront que dans la
séquence suivante), il ouvrait la
possibilité d'une « pensée
autre », de même que ses amis
Maurice Blanchot et Pierre Klossowski (La part
maudite de la philosophie ).
Bernard Sichère