Actualité de la philosophie française
La quatrième exposition :
Actualité de la philosophie française
À l'écart du jeu puissant des opinions
(parlement télévisuel ou café)
qui recouvre obstinément le travail
réel de la pensée, nous avons voulu
rendre compte de ce dernier en le situant en regard
des grands partages d'hier.
Tout d'abord, il existe manifestement une
actualité de la
phénoménologie :
fidélité au rationalisme de Husserl
(Richir) ou lecture renouvelée de Heidegger
situant la phénoménologie entre
ontologie et théologie (Henry, Marion,
Courtine, Chrétien). Un rapport
décisif à la pensée
heideggerienne de l'histoire de la
métaphysique se lit également dans
des travaux qui renouvellent notre relation
à cette histoire : qu'il s'agisse de
revisiter la pensée des Grecs (Bollack,
Aubenque, Loraux, Cassin), la pensée
médiévale (de Libera), la philosophie
classique et moderne (Marion, Macherey), ou encore
cet Autre de l'Occident qu'est la Chine
(Jullien).
Ensuite il convenait de situer les nouvelles interrogations
concernant ce domaine décisif du langage qui
avait hanté la pensée des
années 60-70 : influence assurée
de la philosophie analytique sous ses
différentes formes (Bouveresse, Descombes),
persistance d'une philosophie du langage
résistant au diktat logiciste (Jacques,
Imbert), qu'il s'agisse de penser le langage comme
un fonctionnement symbolique traversé par la
violence sociale (Bourdieu) ou comme un processus
inséparable du jeu inconscient du
désir et de la jouissance (Milner, Kristeva,
Irigaray).
À ces recherches, il fallait ajouter celles qui
portent spécifiquement sur le champ de
l'art, qu'on poursuive l'approche
phénoménologique ou qu'on veuille
tenir compte à la fois de l'histoire des
systèmes de signes (Marin, Damish,
Didi-Huberman, Mondzain) et de la violence des
singularités corporelles
irréductibles à une norme
communautaire (Sollers, Pleynet).
Enfin, la rubrique Penser la politique se propose de
rendre compte du débat présent
commandé par l'effondrement des
régimes communistes et par l'inflation sans
contrôle du thème démocratique.
On opposera en ce sens une pensée surtout
pressée d'en finir avec le marxisme et avec
l'idée de rébellion, une
pensée qui cherche réellement
à faire travailler l'idée
démocratique (Lefort, Gauchet) et une
pensée « autre ». Cette
dernière est multiple dans sa
résistance au modèle
juridico-éthique : elle est à la
fois celle qui interroge l'impossible de la
communauté (Nancy), qui décide de
relire Marx sans le renier (Derrida, Balibar), de
penser le réel de la «
société du spectacle » à
la suite de Debord, d'inscrire le
« Différend »
irréductible à toute pensée de
l'un ou du tout (Rancière), enfin de
réinterroger le sujet de la politique comme
sujet de l'événement (Badiou) ou
comme sujet généalogique à la
croisée du biologique, du social et de
l'inconscient paternel (Legendre).
Bernard Sichère