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Honoré de Balzac / 1840 Nouvel épisode journalistique: La Revue parisienne
 

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Balzac reprit donc Pierrette et Le Curé de village, et s’efforça en vain de placer dans un journal Qui a terre a guerre (les futurs Paysans), esquissé au printemps de l’année précédente, et qui peignait «la lutte, au fond des campagnes, entre les grands propriétaires et les prolétaires, et l’influence de la démoralisation par l’abandon des doctrines catholiques». Mais Le Messager accepta de publier un nouveau roman, Ursule Mirouët, une histoire d’héritage et de testament brûlé, esquissée dès 1836 et relevée de magnétisme - le sujet était toujours à la mode, et Balzac, tout comme Hugo et Gautier, assistait avec passion aux séances des «somnambules».
Il écrivit aussi une «scène de la vie politique», Z. Marcas, où il transposait sa déconvenue de la Chronique de Paris et, enragé par ses espoirs déçus, criait une fois encore sa rancuneà l’égard de la monarchie de Juillet, qui n’avait pas su offrir de place à sa belle jeunesse. Il était alors si las de sa vie «surchargée de travaux, d’obligations, d’affaires», il voyait si clairement que son travail, même acharné, ne paierait pas ses dettes, qu’il songeait à se faire prospecteur d’or sur les hauts plateaux de Colombie.
Une nouvelle opportunité l’en détourna heureusement: Dutacq, directeur du grand quotidien Le Siècle, lui offrit de financer une petite revue mensuelle. Et il monta donc la Revue parisienne, qu’il allait rédiger pratiquement seul pendant trois mois. Il n’y ménagea pasles attaques contre le régime monarchique et y fit quelques déclarations de principe fondamentales qui permettent de comprendre ses idées sociales et politiques, qu’on a trop souvent l’habitude de caricaturer en une allégeance servile au Trône et à l’Autel.
Ainsi, dans un compte rendu féroce du Port-Royal de Sainte-Beuve, il déclarait les «principes de la Monarchie aussi absolus que ceux de la République», et ne rien savoir «de viable pour les nations entre ces deux formes de gouvernement». «Ou le Peuple, ou Dieu. Le pouvoir ne peut venir que d’En-haut ou d’En-bas. Vouloir le tirer du Milieu, c’est vouloir faire marcher les nations sur le ventre, les mener par le plus grossier des intérêts, par l’individualisme. Le christianisme est un système complet d’opposition aux tendances dépravées de l’homme, et l’absolutisme un système complet de répression des intérêts divergents de la société. [...] Je le dis hautement: je préfère Dieu au peuple; mais, si je ne puis vivre sous une monarchie absolue, je préfère la République aux ignobles gouvernements bâtards, sans action, immoraux, sans bases, sans principes, qui déchaînent toutes les passions sans tirer partie d’aucune, et rendent, faute de pouvoir, une nation stationnaire.»
Dans un autre article, à propos des manifestations ouvrières d’août et septembre 1840,il s’insurgeait contre la démagogie qui consistait à faire graver «Ordre et Liberté» sur les boutons des uniformes de la garde nationale, alors qu’il n’était plus question, dans la France de Juillet, que du «maintien des intérêts». Quand un gouvernement élu canonnait dans les rues les rassemblements ouvriers, c’était «dans tous les cas» le gouvernement qui avait tort, car il était de son devoir de veiller aux besoins et aux intérêts du peuple qui l’avait porté au pouvoir. (S’il était une chose que Balzac condamnait au fond plus que tout en politique, c’était l’inconséquence. Un jour, prédisait-il avec une clairvoyance incontestable, en stigmatisant l’émiettement de la propriété et l’individualisme, il y aura «une épouvantable armée de propriétaires d’un arpent ou d’une maison. Voilà l’avenir de la France, les gros salaires, les grosses fortunes momentanées de l’industrie formeront l’aristocratie, qui sera menacée par des masses affamées».) Balzac publia encore, dans le troisième numéro de sa Revue parisienne, un long article sur Stendhal («Études sur M. Beyle»), que l’intéressé lut avec une profonde émotion. Puis Dutacq décida d’arrêter les frais.