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Honoré de Balzac / juillet-septembre 1848 Dernières tentatives
 

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Or, une lettre de Mme Hanska l’attendait rue Fortunée, une lettre qui lui demandait de revenir pour ne plus se quitter. Il faillit en tomber fou de joie. Pourvu que la situation politique de l’Europe lui permette de voyager!
Malgré de violents maux de tête, il sollicita immédiatement l’autorisation de séjourner en Russie, s’occupa activement des derniers travaux de la maison et d’une importante collection d’insectes que le gendre de Mme Hanska avait achetée et voulait faire venir en Ukraine. Le 19 juillet, il assista à la reprise de La Marâtre et entendit «enfin des applaudissements d’un vrai public, et les frémissements de terreur», une sensation qu’il ignorait. La pièce allait cette fois tenir l’affiche un mois.
Sur la foi de ce succès, l’Odéon se déclara intéressé par un vieux projet, Richard-Cœur-d’Éponge, que Balzac, encore et toujours tenaillé par le besoin d’argent, promit dans les meilleurs délais, alors qu’il devait déjà achever dans les deux mois Les Petits Bourgeois, promis au Théâtre-Français, et L’Initié, dont il avait écrit le premier jet à Wierzchownia et qu’il avait réussi à placer dans un nouveau journal républicain.
Il se remit à travailler avec ardeur, dressa le répertoire de ses futures œuvres dramatiques. C’était «avec les intérêts un bon petit million à gagner en dix ans», calculait-il, «au bout desquels Noré ayant 60 ans accomplis se reposera dans la gloire et l’édition complète de sa Comédie humaine».
Mais, malade, inquiet, craignant que l’embrasement général de l’Europe ne l’empêchât de partir, il ne parvient pas à écrire Richard. Début août, c’est finalement Mercadet, rebaptisé Le Faiseur, qu’il proposa à la place.
Le 17, «excédé de fatigue cérébrale», mais rayonnant dans son frac, il lut devant les acteurs du Théâtre-Français les quatre premiers actes de la pièce, avec une énergie effarante, dénouant dès la deuxième scène sa cravate, tombant l’habit à la fin du premier acte, puis le gilet, et improvisant pour finir, en manches de chemise relevées, tous boutons arrachés, une bonne partie du cinquième acte, qu’il n’avait pas réussi à achever. Il rentra «mourant», mais les comédiens avaient beaucoup ri, et la pièce était acceptée, à charge pour l’auteur de rédiger l’acte V et de procéder à quelques coupures.
Puis il corrigea les épreuves des Parents pauvres pour le dix-septième volume de La Comédie humaine, et assura jusqu’au bout le feuilleton de L’Initié - son dernier roman achevé.
Le Théâtre-Français ne mettant aucun empressement à monter Le Faiseur, dûment revu et corrigé, il laissa sa pièce entre les mains du directeur du théâtre, donna procuration à son ami Laurent-Jan pour ses affaires littéraires, et à sa mère pour toutes ses autres affaires (Mme Balzac avait accepté de loger rue Fortunée et de veiller sur la maison de son fils en son absence, celui-ci étant très anxieux de la parfaite conservation des lieux). Puis il rédigea une lettre de candidature à l’Académie française, au fauteuil de Chateaubriand, et repartit pour l’Ukraine, sans consulter le docteur Nacquart, qui lui eût sans aucun doute interdit le voyage.