Lorsque la grosse berline de Mme Hanska se présenta rue Fortunée
le 21 mai, lendemain du cinquante et unième anniversaire de lécrivain,
le domestique de Balzac, ne reconnaissant pas son maître, refusa douvrir
la porte cochère. Il fallut la faire forcer par un serrurier - et faire
interner le domestique devenu fou.
Les médecins aussitôt appelés au chevet de lécrivain
ordonnèrent des saignées, des purgatifs, des boissons diurétiques,
des calmants, et exigèrent déviter tout mouvement un peu énergique,
toute émotion, de parler très peu et seulement à voix basse.
Balzac soccupa encore un peu de ses affaires, dicta des lettres à Mme
Hanska, fit même une escapade jusquà la douane pour aller chercher
lune des nombreuses caisses deffets, de tableaux et dobjets précieux
amenés dUkraine.
Début juillet, lun de ses médecins dit à Hugo quil ne restait
plus à Balzac que six semaines à vivre. Et il avait raison. Le corps
terriblement enflé par un dème généralisé,
et trop tardivement soulagé par des ponctions, lécrivain ne survécut
quelques jours à une péritonite que pour succomber à la gangrène.
Ainsi séteignit, à vingt-trois heures trente, le 18 août
1850, celui qui avait définitivement infléchi le cours de lhistoire
littéraire du XIXe siècle, et avait, en quinze ans dun travail
acharné, élevé le roman au rang de grand genre moderne.