À l'automne de 1913, il avait commencé des études de médecine qu'il poursuit avant d'être appelé à l'armée en février 1915. Pendant que l'Europe s'enfonce dans la guerre, lui-même est attaché aux services psychiatriques de plusieurs hôpitaux militaires à l'arrière ou au Front. Il se jette avec ardeur dans l'étude des classiques de la psychiatrie. En août 1916, se trouvant au centre neuro-psychiatrique de Saint-Dizier, il découvre à travers les ouvrages de Régis et Hesnard l'essentiel de la pensée de Freud, dont les ouvrages ne sont pas encore traduits en français : cette lecture fait pour lui l'effet d'une révélation qu'il expose, en de longues lettres, enthousiastes et détaillées, à son ami Théodore Fraenkel. La pensée de Freud, et elle seule, lui communique l'impulsion initiale qui lui fera chercher des formations verbales inattendues, neuves et saisissantes, ailleurs que dans les zones contrôlées par la conscience et la volonté.
Car dans ce chaos de la guerre, la présence des poètes est un recours sans équivalent. « Comment, dans ces conditions, n'aurais-je pas été tenté de demander secours aux poètes ? », dira Breton dans ses Entretiens. Les textes de Rimbaud - en premier lieu le poème Rêve, polyphonie burlesque et inquiétante révélée par La Nouvelle Revue française de juillet 1914 - l'accompagnent et modèlent son regard autant que son écriture. Et en 1916, au cours d'une permission, il a rencontré Apollinaire : « C'était un très grand personnage, en tout cas comme je n'en ai plus vu depuis. Assez hagard, il est vrai. Le lyrisme en personne. Il traînait sur ses pas le cortège d'Orphée. » Dans l'entourage d'Apollinaire, il fait la connaissance de Pierre Reverdy qui accueille aussitôt ses poèmes dans la revue Nord-Sud qu'il vient de fonder. Pour évoquer l'émotion unique que lui procure la poésie de Reverdy, Breton trouvera dans ses Entretiens des formules vibrantes et profondes : « Pour ma part, j'aimais et j'aime encore - oui, d'amour - cette poésie pratiquée à larges coupes dans ce qui nimbe la vie de tous les jours, ce halo d'appréhensions et d'indices qui flotte autour de nos impressions et de nos actes. » En 1917, autour d'Apollinaire et de Reverdy et à quelques mois d'intervalles, il se lie d'amitié avec deux jeunes poètes, Aragon et Soupault : prélude à l'aventure surréaliste.
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