Collections

 Retour à la liste
des auteurs

André Breton / La révolution surréaliste
 

 précédent | suivant 

n a vu, à travers l'évolution menant au Manifeste de 1924, à quel point la pratique littéraire reste l'objet d'un débat grave. Durant ces années Breton a été plusieurs fois assiégé par la tentation du renoncement à l'écriture, dont Rimbaud avait donné pour lui l'exemple insurpassable. Quant aux textes automatiques, ils n'ont pas à ses yeux statut d'oeuvres littéraires, mais de témoins du passage du courant intérieur. Cette insatisfaction et la nécessité de répondre sur d'autres plans au besoin d'affranchissement expliquent que, peu de temps après la sortie du Manifeste, le surréalisme va s'affirmer fin 1924 dans une revue dont le titre affiche une ambition élargie.

Sous une couverture rouge portant en exergue « Il faut aboutir à une nouvelle déclaration des droits de l'homme », La Révolution surréaliste propose une présentation et une organisation en sections calquées sur une revue de vulgarisation scientifique de l'époque : les rubriques « rêves », « poèmes », « textes surréalistes », « chroniques », etc. répondent au besoin d'ouvrir largement aux lecteurs l'accès à une quête qui, accroissant ses enjeux, propose une visée de renversement radical et systématique. De l'un des premiers articles de Breton (Pourquoi je prends la direction de La Révolution surréaliste, 15 juillet 1925), détachons ce programme où s'énoncent une confiance en l'esprit renouvelée de Hegel, lu assidûment par Breton, et le détachement absolu par rapport à l'ordre établi : « À quelque apparence fuyarde que la vie momentanément nous condamne, il est impossible dans notre foi en son aptitude vertigineuse et sans fin que nous puissions jamais démériter de l'esprit. Qu'il soit bien entendu cependant que nous ne voulons prendre aucune part active à l'attentat que perpétuent les hommes contre l'homme. Que nous n'avons aucun préjugé civique. Que, dans l'état actuel de la société en Europe, nous demeurons acquis au principe de toute action révolutionnaire... »

De là des prises de position de plus en plus affirmées par rapport à l'actualité : lutte antireligieuse menée avec virulence alors que se multipliaient les conversions d'écrivains ; hostilité à la guerre coloniale du Rif, ce qui contribue à rassembler les surréalistes et la gauche militante ; bientôt, proximité de principe avec le Parti communiste.

L'histoire de la revue ne peut se résumer en quelques lignes. Parfois mise à mal par les dissensions et par des difficultés de tous ordres, La Révolution surréaliste accompagne jusqu'en 1929 les engagements, les réorientations, les scissions. Breton y publiera dans plusieurs numéros successifs Le Surréalisme et la peinture et nombre de ses pages essentielles. L'efflorescence du surréalisme donne aux sommaires un éclat sans précédent. Poèmes d'Eluard transparents et douloureux, textes de Desnos hantés par « la Mystérieuse », premières proses de Leiris, proclamations martelées d'Artaud, poèmes subversifs de Benjamin Péret, essais d'Aragon éblouissants de virtuosité, voisinent avec une illustration jamais indifférente : photographies d'Atget et de Man Ray, reproductions de tableaux de Picasso, de Masson, de Miró et de bien d'autres, collages de Max Ernst, dessins de Magritte, etc. Par l'interaction et le contraste des textes et des images, peu de revues offrent autant au lecteur le sentiment de l'imprévu.