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Cent ans de cinéma français / Du cinéma forain au film d'art 1895-1907
 

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Du spectacle de foire à l'industrie

De l'industrie à l'art ?

 

Le cinéma des quinze premières années est un spectacle ambulant, une attraction de foire dont le système d'exploitation est basé sur la vente des films ; le prix est fixé au mètre, les titres vendus à part 1 pour en faciliter l'exportation.

Charles et Emile Pathé.

Les forains tournent dans toute la France, villes et villages, jusqu'à l'usure des films rendus inutilisables. La pellicule se négocie alors au kilo. On récupère les sels d'argent de l'émulsion, le support est fondu pour « fabriquer des peignes » ou refaire de la pellicule comme en témoigne Charles Pathé 2 dans ses mémoires : la pénurie de films vierges l'oblige, vers 1910, à organiser pendant un an en France et à l'étranger la rafle des vieux films, usagés ou non qu'il fait transporter à Joinville-le-Pont où les bandes sont dépouillées de leur gélatine, puis réémulsionnées en largeur standard de 35 mm, non sans avoir été repolies, car elles arrivent, la plupart du temps, rayées par suite de l'usage.

À ces pertes de films quotidiennes s'ajoutent les grandes vagues de destruction qui jalonnent l'histoire du cinéma. S'il est très aléatoire d'avancer une estimation, le pourcentage de films perdus donné par Raymond Borde pour l'époque primitive et les années de guerre (1985-1918) est alarmant : environ 80 % 3. Évoquons rapidement les vagues de destruction généralisées qu'il recense.

1. Leur place est signalée par l'insertion d'une image d'un autre film, ce qui donne parfois des montages surréalistes fortuits, involontaires que les spectateurs n'ont pas vus mais que nous sommes étonnés de retrouver.
2.De Pathé Frères à Pathé Cinéma, rééd. de Premier plan, n° 55, p. 76.
3. In Les Cinémathèques, Ramsay, rééd. de l'Âge d'Homme, 1983, p. 17.