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Cent ans de cinéma français / Les différentes conceptions du montage
 

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De la "vue" aux successions de tableaux

Les essais de linéarisation

Premiers trucages, premiers montages

Le montage à l'avènement du parlant

Du parlant à la fin des années 50 : un montage classique ?

Faire du cinéma autrement : "l'Avant-garde" et la "Nouvelle Vague"

Ruptures de montage

Le "retour en arrière" : traitement d'une figure à travers l'histoire du cinéma

 

Monter, c'est recomposer l'espace et le temps à partir des fragments prélevés, découpés lors de la prise de vues, en manipulant les ellipses, dans le respect du vraisemblable, du réalisme, de la continuité, de certaines « règles » élaborées au fil des ans (il n'y aurait qu'une façon de réaliser un raccord dans le mouvement, de direction, un champ-contrechamp...) ; ou dénoncer cette illusion de réalité propre au cinéma, en pervertissant, détournant ces règles établies (Guitry, Resnais, Godard, Garrel, Eustache, Carax), ou encore recréer un univers imaginaire, irréel, au nom de la poésie (Cocteau, Buñuel) *. La conception du montage, le degré de précision des raccords et la liberté que certains réalisateurs ont pris dans le ménagement des ellipses spatio-temporelles, le flottement qu'ils laissent au moment de la coupe, le jeu dans les « jointures » distingueraient du classicisme une modernité cinématographique ; dans le geste du montage, il y aurait toute la réflexion du réalisateur, de l'auteur sur le statut du film.

Avant d'édicter des règles puis les pervertir, on tâtonne quelques temps pour recomposer l'espace-temps filmique. Si l'on comprend assez vite que pour donner l'impression qu'un personnage poursuit son chemin, il doit, s'il est sorti par la droite du cadre, rentrer par le côté gauche au plan suivant (cf. dans Le Voyage dans la Lune, Meliès, 1902, au retour de la Lune, la chute de la fusée au fond de nos mers par un raccord de direction vertical), pour un raccord dans le mouvement on hésite ; comment déterminer la coupe, à quel moment faire passer la caméra de l'autre côté quand il s'agit par exemple d'un personnage passant une porte ? Combien de films primitifs montrent un chevauchement temporel ou la répétition d'un geste ? On comprendra plus tard que, pour restituer le mouvement en donnant l'illusion d'une stricte continuité temporelle, il faut le tronquer de quelques images, lui rendre ainsi sa dynamique. Ceci devient d'ailleurs vite une « loi » pour prévenir l'effet de ralentissement et de redite du mouvement donné dans son intégralité.

Il est toujours aléatoire de parler du montage des premiers films parce que l'on est jamais vraiment sûr de la fiabilité des sources, de l'authenticité des versions des films retrouvés et qu'il ne subsiste pour certains films qu'un matériau non monté. De plus, avec les destructions, les pertes et éventuelles mutilations subies par les films des premiers temps, on ne peut décider d'un seul film, d'une seule année, auxquels reviendraient l'invention, la première apparition d'une pratique de montage.

* Aujourd'hui, un long métrage d'une durée de 90 minutes compte, en moyenne, de 400 à 600 plans de longueur variable : quatre à cinq secondes pour la majorité ou oscillant entre l'insert d'une seconde et le plan d'une bobine (15 mn environ).