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Monter, c'est recomposer l'espace et le temps à partir des fragments prélevés, découpés lors de la prise de vues, en manipulant les ellipses, dans le respect du vraisemblable, du réalisme, de la continuité, de certaines « règles » élaborées au fil des ans (il n'y aurait qu'une façon de réaliser un raccord dans le mouvement, de direction, un champ-contrechamp...) ; ou dénoncer cette illusion de réalité propre au cinéma, en pervertissant, détournant ces règles établies (Guitry, Resnais, Godard, Garrel, Eustache, Carax), ou encore recréer un univers imaginaire, irréel, au nom de la poésie (Cocteau, Buñuel) *. La conception du montage, le degré de précision des raccords et la liberté que certains réalisateurs ont pris dans le ménagement des ellipses spatio-temporelles, le flottement qu'ils laissent au moment de la coupe, le jeu dans les « jointures » distingueraient du classicisme une modernité cinématographique ; dans le geste du montage, il y aurait toute la réflexion du réalisateur, de l'auteur sur le statut du film.
Il est toujours aléatoire de parler du montage des premiers films parce que l'on est jamais vraiment sûr de la fiabilité des sources, de l'authenticité des versions des films retrouvés et qu'il ne subsiste pour certains films qu'un matériau non monté. De plus, avec les destructions, les pertes et éventuelles mutilations subies par les films des premiers temps, on ne peut décider d'un seul film, d'une seule année, auxquels reviendraient l'invention, la première apparition d'une pratique de montage. * Aujourd'hui, un long métrage d'une durée de 90 minutes compte, en moyenne, de 400 à 600 plans de longueur variable : quatre à cinq secondes pour la majorité ou oscillant entre l'insert d'une seconde et le plan d'une bobine (15 mn environ).
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