Jusqu'à son installation en Hollande
René Descartes est né en Touraine le 31 mars 1596. Son père, conseiller au Parlement de Bretagne, s'est occupé de l'éducation de son plus jeune fils et a été frappé par la curiosité et la soif de savoir de celui qu'il appelait (déjà !) « son philosophe »... Vers sa dixième année, Descartes est envoyé au collège de jésuites de La Flèche qui vient d'être fondé par Henri IV Après avoir quitté La Flèche, Descartes fait quelques voyages et paraît hésiter sur le choix d'une occupation. En 1618 on le retrouve en Hollande, engagé (comme beaucoup de jeunes gens de son époque) dans les armées, mais la trêve entre espagnols et hollandais le contraint à rester en garnison à Bréda où il fait la rencontre d'un médecin, Isaac Beeckman, qui le force à se mettre pour de bon au travail... En novembre 1619, Descartes fait le rêve d'une « science admirable » et voit là comme un signe du ciel lui enjoignant de consacrer le reste de son existence à la recherche de la vérité. Après d'autres voyages et des séjours prolongés en province et à Paris, Descartes décide de s'installer en 1629 définitivement en Hollande afin d'y travailler en paix, loin de toutes les connaissances qui interrompent à tout moment sa réflexion et ses activités de savant. Désormais les événements majeurs de sa vie seront ses oeuvres, peu nombreuses mais régulièrement produites, dont la diversité et la cohérence reflètent l'esprit universel et méthodique du philosophe.
D'Amsterdam à Stockholm Mis à part quelques esquisses Descartes ne semble pas avoir beaucoup écrit avant son installation en Hollande. La première oeuvre de taille qui appartient de plein droit à la pensée cartésienne a été rédigée seulement à ce moment-là, mais Descartes ne l'a pas achevée. Le titre de cet ouvrage, écrit en latin, est : Règles pour la direction de l'esprit. C'est le premier exposé de la méthode cartésienne. Dès son arrivée à Amsterdam (mais il changera souvent de ville au cours des vingt ans passés en Hollande), Descartes commence un petit traité de métaphysique, inachevé aussi, et s'attèle à une tâche de grande ampleur, la rédaction d'un traité de physique qui expose la structure du monde. Au moment de le publier, en 1633, Descartes, apprenant la condamnation de Galilée par l'Eglise, décide d'en surseoir la publication de peur qu'une semblable mésaventure ne lui arrive. Quatre ans plus tard, il donne enfin au libraire, mais sans le signer et en français (ce qui est d'une grande nouveauté pour l'époque), le livre que tous ses amis attendent, le Discours de la Méthode suivi de trois essais qui sont comme des échantillons de la méthode : La Dioptrique, Les Météores, La Géométrie. Désormais, les grandes oeuvres se succèdent rapidement : Les Méditations métaphysiques (publiées en latin en 1641), Les Principes de la philosophie (en latin aussi en 1644), une version française de ces Principes que précède une Lettre-préface de la plus grande importance (1647), et enfin Les Passions de l'âme, qui paraissent en Hollande et en France en novembre 1649 alors que Descartes est déjà arrivé à Stockholm où il mourra très peu de temps après (le 11 février 1650). « Quel autre lieu pourrait-on choisir au reste du monde, où toutes les commodités de la vie, et toutes les curiosités qui peuvent être souhaitées, soient si faciles à trouver qu'en celui-ci ? Quel autre pays où l'on puisse jouir d'une liberté si entière, où l'on puisse dormir avec moins d'inquiétude, où il y ait toujours des armées sur pied exprès pour nous garder, où les empoisonnements, les trahisons, les calomnies soient moins connus, et où il soit demeuré plus de reste de l'innocence de nos aïeux ? » Lettre à Guez de Balzac, 5 mai 1631 |