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René Descartes / L'idée de Dieu
 

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la différence des scolastiques qui partent du monde pour s'élever à Dieu (d'où le nom de preuve cosmologique attaché à cette démarche), Descartes considère seulement les idées qui se trouvent en son esprit et qui sont, dit-il, comme « des tableaux ou des images des choses ».

Toute idée représente quelque chose ; telle est sa fonction. L'idée étant comme une copie, la cause de l'idée est l'original dont elle est la copie. Les idées imaginaires (chimères, fictions, fantasmes), ne représentant rien de réel, se reconnaissent justement au fait qu'on peut les composer et les décomposer librement. Ce n'est nullement le cas de l'idée de Dieu pour Descartes : on ne peut pas ôter à Dieu un seul des attributs qui en définissent la nature (la toute-puissance, l'éternité, l'infinité, l'omniscience, la bonté, etc.), ils constituent un ensemble insécable.

L'idée d'un être infini (qui se trouve, selon Descartes, en chacun de nous) ne peut pas avoir été produite par un esprit fini, comme celui de l'homme. comment un être fini et imparfait comme l'homme pourrait-il forger - c'est-à-dire construire de toutes pièces - l'idée d'un être parfait et infini ? Cette idée n'est pas une fiction (comme par exemple, l'idée d'une montagne d'or), elle représente un être véritable, et le représente fidèlement. Elle excède, dépasse la capacité de nos esprits, et, quoique étant parfaitement concevable et même la plus claire et la plus distincte de toutes nos idées, elle est incompréhensible : l'esprit humain n'en fait pas le tour, ni ne pénètre l'étendue de sa profondeur. Autant de preuves pour Descartes que cette idée a été causée ou mise dans l'esprit humain par Dieu lui-même. De la seule idée de Dieu qu'en philosophe-méditant il est allé chercher dans « le trésor de (son) esprit », Descartes conclut, selon un raisonnement semblable à celui de Saint Anselme, que Dieu existe, qu'il est le vrai Dieu et qu'il ne peut être que vérace.

Descartes ajoute, au terme d'une analyse complexe et passionnante, que cette idée qui n'est pas comme les autres idées, que cette idée unique d'un Dieu unique, est en l'homme comme la signature de l'ouvrier sur son ouvrage. Il faut comprendre que l'ouvrage est par lui-même la marque de son créateur. Comme l'a écrit très justement Etienne Gilson, « nous sommes les preuves vivantes de Dieu ».