
escartes ne cherche pas des remèdes aux passions, non seulement parce que ce ne sont pas des maladies de l'âme (comme disaient les stoïciens), mais parce qu'elles sont « toutes bonnes ».
Descartes veut dire par là qu'elles sont toutes bonnes à quelque chose, la nature les ayant toutes destinées à quelque usage. Néanmoins elles peuvent aussi, mal conduites, rendre l'âme « esclave et malheureuse »,
comme dans ces situations que nous connaissons tous où nous ne trouvons pas en nous la force de résister à un mouvement de colère, de peur, de haine.
Descartes n'oppose pas des lois morales pour faire front aux dangers des passions, mais ce qu'il nomme les émotions intérieures de l'âme « qui ne sont excitées en l'âme que par l'âme même, en quoi elles diffèrent des passions, qui dépendent toujours de quelque mouvement des esprits (animaux) ». Par exemple, en se représentant un bien et en y pensant souvent, l'âme finit par l'aimer et par se l'approprier, mais cet amour, fortement et profondément ressenti, ne la touche pas après avoir touché son corps. En un sens, un tel amour (pour Dieu, mais aussi pour des personnes) est causé par la volonté : on finit par aimer ce que l'on veut aimer, surtout si ce que l'on aime possède une perfection qui le rende véritablement estimable. Un amour d'estime, un amour d'essence intellectuelle, n'est pas moins fort mais plus fort qu'un amour passion, qui ne dure que ce que dure l'émotion corporelle produite par son objet. Ainsi la joie que communique à l'âme l'exercice de la vertu constitue-t-elle « un souverain remède contre les passions ». L'âme n'a plus besoin alors de lutter contre celles-ci, parce qu'elle possède dans ces émotions intérieures la source fertile de son contentement : « afin que notre âme ait ainsi de quoi être contente, elle n'a besoin que de suivre exactement la vertu. »