ans la troisième partie du Discours, Descartes, interrompant l'exposé de sa méthode, expose les maximes de ce qu'il appelle « une morale par provision », nécessaire pour le temps dans lequel sa recherche absolue de la vérité le contraint de remettre tout en doute. Car pendant ce temps, il faut vivre, et vivre, pour Descartes, implique le choix de principes ou de règles qui permettent de s'orienter dans la vie, comme la boussole et le compas sont nécessaires pour la navigation. Pour agir dans le monde, une doctrine est d'une utilité bien moindre que des règles pratiques que l'on suit franchement et fermement. Les trois maximes sont : 1 - « obéir aux lois et coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu m'a fait la grâce d'être instruit dès mon enfance, et me gouvernant, en toute autre chose, suivant les opinions les plus modérées, et les plus éloignées de l'excès... » ; 2 - « être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m'y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées. » ; 3 - « tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et changer mes désirs que l'ordre du monde ; et généralement, m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées... » Comme parallèle à la certitude que l'entendement peut avoir sur des vérités spéculatives, il y a une certitude qui vient de la volonté lorsque l'homme agit et pense avec résolution dans les diverses situations de la vie où il n'est pas raisonnable d'attendre des vérités comme celles que l'on démontre en mathématique et en métaphysique. Dans une lettre à Élisabeth du 4 août 1645, Descartes dit que les trois règles de morales exposées dans son Discours permettent à chacun « de se rendre content de soi-même et sans rien attendre d'ailleurs ». Il indique ainsi clairement que cette morale a pour but de rendre l'homme indépendant, autosuffisant. La morale est moins un code de devoirs qu'un exercice d'affermissement de la volonté ; chacun doit savoir qu'il ne lui faut compter que sur soi. la vertu, dit Descartes, n'est rien d'autre que la fermeté de la résolution. Mais encore faut-il se résoudre à agir, et ne pas se repentir d'avoir choisi une voie qui n'a pas été la bonne, si, au moment du choix, nous avons fait de notre mieux, pour connaître et pour agir.
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