e problème général est : comment une chose peut-elle faire penser à une autre ? par exemple, comment le portrait du roi fait penser au roi lui-même (et non au portrait), ou comment puis-je reconnaître une chose vue autrefois ? Dans ces trois cas une chose est l'image d'une autre : l'arbre que je vois devant moi est analogue à d'autres arbres, je pense au roi dont le portrait est l'effigie, j'ai gardé dans la mémoire l'image de cette personne rencontrée autrefois, et ainsi je peux l'identifier. Si l'on demande encore pourquoi une image fait penser à la chose dont elle est l'image, la plupart répondront que c'est parce qu'elle lui est ressemblante. Descartes donne à ce problème très ancien (et très actuel aussi) une solution un peu différente qu'il vaut la peine d'évoquer. Les portraits, admettons-le, ressemblent à leurs originaux, mais les paroles « ne ressemblent en aucune façon aux choses qu'elles signifient », et pourtant c'est bien à l'arbre ou au roi que je pense lorsque je lis ou j'entends prononcer ces mots. La ressemblance n'est donc pas toujours nécessaire. Elle n'est pas totale non plus, sinon quelle différence y aurait-il entre l'image et son objet ? Il suffit, poursuit Descartes, que les images ressemblent « en peu de choses » à leurs objets, « et souvent même, leur perfection dépend de ce qu'elles ne leur ressemblent pas tant qu'elles pourraient faire. Comme vous voyez que les tailles-douces, n'étant faites que d'un peu d'encre posée çà et là sur du papier, nous représentent des forêts, des villes, des hommes, et même des batailles et des tempêtes, bien que, d'une infinité de diverses qualités qu'elles nous font concevoir en ces objets, il n'y en ait aucune que la figure seule dont elles aient proprement la ressemblance ; et encore est-ce une ressemblance fort imparfaite, vu que, sur une superficie toute plate, elles nous représentent des corps diversement relevés et enfoncés, et que même, suivant les règles de la perspective, souvent elles représentent mieux des cercles par des ovales que par d'autres cercles ; et des carrés par des losanges que par d'autres carrés ; et ainsi de toutes les autres figures : en sorte que souvent, pour être plus parfaites en qualité d'images, et représenter mieux un objet, elles doivent ne lui pas ressembler » (Dioptrique, IV). ![]()
|