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René Descartes / Descartes et la politique
 

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escartes est l'un des rares philosophes à n'avoir rien, ou presque rien, écrit sur la politique. On peut s'interroger sur ce silence et y voir l'effet d'une censure. Bien des textes de Descartes vont dans ce sens. En cette époque de troubles incessants et de guerres civiles, la paix paraît à Descartes (comme à Pascal) le plus grand des biens.

Dans le Discours Descartes critique « ces humeurs brouillonnes et inquiètes, qui, n'étant appelées, ni par leur naissance, ni par leur fortune, au maniement des affaires publiques, ne laissent pas d'y faire toujours, en idée, quelque nouvelle réformation ». Dans ce domaine, semble-t-il, Descartes rejette le radicalisme dont témoignent sa méthode et la recommandation de douter de tout. Le danger de la « réformation » lui paraît toujours plus grand et plus sûr que l'hypothétique amélioration qui en sortirait. À une occasion au moins, Descartes a été amené, à la demande de la princesse Élisabeth, à préciser son opinion sur la politique en commentant pour elle Le Prince de Machiavel. Dans cette lettre de septembre 1646, il désamorce l'une après l'autre des maximes machiavéliennes, et réprouve ce qui les rend... machiavéliques. On peut alors voir dans ce retrait une conséquence tout à fait cohérente d'une philosophie qui fonde métaphysiquement la valeur absolue de l'individu et de son jugement, de la liberté, et qui permet de penser les rapports entre les hornmes autrement qu'en termes de conflit et de recherche de pouvoir.

Ainsi, dans cette lettre (comme aussi dans quelques passages des Passions de l'âme), Descartes souligne avec force les limites de toute action politique et rejette catégoriquement l'idée, typiquement machiavélienne, que tous les moyens sont bons pour arriver à sa fin. Au contraire, dit-il, il faut d'abord distinguer les princes qui ont suivi « des voies justes » de ceux qui ont usé « de moyens illégitimes », il faut aussi rejeter les « préceptes très tyranniques » que Machiavel donne à la légère aux princes. Mais surtout - et en cela consiste la morale non politique de Descartes et son importance précisément dans le champ politique - Descartes s'indigne que Machiavel ne fasse pas la différence entre les amis et les ennemis, et qu'il absolve par avance les princes qui cherchent sciemment à tromper leurs amis : « J'excepte une espèce de tromperie, qui est si directement contraire à la société, que je ne crois pas qu'il soit jamais permis de s'en servir (...) : c'est de feindre d'être ami de ceux qu'on veut perdre, afin de les pouvoir mieux surprendre. L'amitié est une chose trop sainte pour en abuser de la sorte ». En instruisant la pensée de chacun des moyens qui permettent de résister à la « logique » de l'action politique, Descartes ne fait-il pas oeuvre plus utile que bien des philosophes politiques ?