a publication du Discours de la Méthode et des Essais a fait de Descartes très rapidement un auteur connu dans toute l'Europe savante. Trop, peut-être, car si sa philosophie (entendons par là aussi la physique et, en général, les sciences autres que les mathématiques) lui attire des disciples enthousiastes, elle lui vaut aussi, pour les mêmes raisons, de multiples attaques. Le disciple hollandais de Descartes, Henri de Rey dit Regius, est devenu, grâce à la science cartésienne, un professeur réputé de médecine à l'Université d'Utrecht. Les étudiants affluent à ses cours, désertant ceux des professeurs plus fidèles à l'enseignement scolastique. Le dénommé Gisbert Voet, dit Voetius, alors recteur de l'Université d'Utrecht et professeur de théologie, ne voit pas d'un bon oeil cette progression du cartésianisme au détriment de la scolastique. Dans une lettre qu'il adresse au père Dinet pour se plaindre des attaques du père Bourdin (de l'ordre des jésuites), Descartes commet la maladresse d'évoquer en des termes assez durs les manoeuvres du théologien d'Utrecht à l'encontre de Regius. Il met ainsi le feu aux poudres et déclenche ce qui va devenir la querelle d'Utrecht et qui ne va pas cesser de l'importuner, de le harceler même jusqu'à la fin, ou presque, de son séjour en Hollande. Plaintes devant les magistrats, démarches multiples pour se défendre contre les accusations de Voetius et de ses disciples, ces interminables tracasseries vont jusqu'à lui faire envisager de quitter ce pays où il était venu chercher la paix, l'un des rares pays d'Europe où l'on trouve des biens aussi précieux que la liberté de conscience et de culte, la tolérance... La philosophie cartésienne pouvait-elle s'élever sur un autre sol que celui de la Hollande ? Jamais plus qu'en cette occasion Descartes ne semble avoir pris conscience à la fois de la grandeur de la philosophie (« il n'est pas d'étude plus belle, plus digne de l'homme »), et de l'hostilité obstinée qu'elle peut quelquefois susciter.
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