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René Descartes / Descartes au XXe siècle
 

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près une relative éclipse au XVIIIe siècle due à l'emprise considérable de la « philosophie naturelle » de Newton sur le continent, la philosophie cartésienne a connu au XIXe siècle, grâce notamment au « militantisme » de Victor Cousin , un regain d'actualité, mais c'est surtout en notre siècle que Descartes a été philosophiquement présent, principalement - mais pas seulement - dans le courant dit phénoménologique.

Husserl a placé tout son projet philosophique sous le signe de Descartes et a intitulé Méditations cartésiennes les conférences données à Paris pour exposer les idées directrices de la phénoménologie. Pour Husserl, le cogito cartésien constitue le seul point de départ véritablement radical de la philosophie. Mais, selon lui, Descartes n'a pas approfondi sa découverte et n'en a pas vu toutes les conséquences.

Son disciple infidèle, Heidegger, assimilant bien souvent la phénoménologie husserlienne et le cartésianisme, commence son livre majeur Être et Temps par une exposition critique de l'ontologie cartésienne (fondée selon lui sur le concept de substance) destinée à faire la place à une ontologie fondée sur l'existence. Plus tard, Heidegger ne cessera de multiplier à l'égard de Descartes les insinuations faisant de lui le philosophe de la technique dont le but serait la domination du monde...

En France, et non sans rapport avec ce qui précède, la présence de Descartes dans la philosophie est ininterrompue depuis Alain jusqu'à maintenant - disons Emmanuel Levinas. Fondamentalement, on peut dire que l'inspiration de Sartre est cartésienne. Toute sa théorie de la liberté dérive en un sens de celle de Descartes, et d'ailleurs Sartre, juste après la guerre, a écrit un petit essai sur la liberté cartésienne qui éclaire assez bien... la pensée sartrienne.

Merleau-Ponty n'a jamais cessé de se référer à Descartes, notamment à la théorie de l'union de l'âme et du corps. Dans ses notes de travail qui ont été publiées (à la fin de Le visible et l'invisible), de très nombreuses fois Descartes est cité, discuté, critiqué... Il semble que Merleau-Ponty ait toujours eu besoin de Descartes pour préciser et même découvrir sa propre pensée. Dans son dernier écrit, L'OEil et l'Esprit (1960), avant d'exposer ses propres idées sur la vision, Merleau-Ponty expose, en quelques pages d'une densité et d'une intelligence remarquables, la théorie cartésienne de la vision dans La Dioptrique.

Enfin, il faut mentionner la reprise philosophique de l'idée cartésienne de l'infini que Levinas a effectuée dans son maître-livre Totalité et Infini (1962).

Ces quelques indications sont seulement destinées à montrer que, pour peu qu'elle ait quelque envergure, toute pensée philosophique passe par une explication avec Descartes.