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René Descartes / La vérité
 

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a vérité consiste dans l'accord entre l'idée et la chose. Cette définition traditionnelle et très respectable de la vérité ne nous avance pourtant pas beaucoup quand on recherche un critère ou une marque certaine de la vérité. Lorsque, comme c'est le cas pour Descartes, on considère l'existence des choses extérieures comme douteuse, il ne reste plus qu'à considérer un jugement ou une proposition tenue pour vraie et se demander alors ce qui la fait telle. Une proposition de cette sorte, Descartes vient d'en découvrir une (et une seule, d'ailleurs) avec le cogito : « Je suis certain que je suis une chose qui pense.» Il ajoute aussitôt : « mais ne sais-je donc pas aussi ce qui est requis pour me rendre certain de quelque chose ? ».

En d'autres termes, il se demande s'il n'est pas possible d'extraire, pour ainsi dire, de cette proposition ce qui la rend vraie, et de faire de cela la règle générale de la vérité.

« Je pense, je suis » étant l'objet d'une claire et distincte perception, et étant vrai pour cette raison, on peut établir pour règle générale que « toutes les choses que nous concevons fort clairement et distinctement, sont toutes vraies »

(troisième méditation).

L'évidence prend ainsi la place de la correspondance dans la définition de la vérité. Le risque est très grand - il n'a pas manqué de philosophes pour le signaler - de verser dans une conception arbitraire et subjectiviste de la vérité. Mais, d'une part, Descartes se préoccupe de chercher une garantie à l'évidence et il la trouve dans l'existence d'un Dieu vérace (la vérité nécessite la véracité), et, d'autre part, sachant parfaitement que cette règle peut donner lieu à de mauvais usages, il demande à chacun de s'assurer du mieux qu'il peut que l'évidence qu'il ressent en son esprit n'est pas qu'apparente (« Il n'appartient qu'aux personnes sages, dit Descartes, de distinguer entre ce qui est clairement conçu et ce qui semble et paraît seulement l'être »). Car aucune règle ne dispense de juger.