Prélude 1
L'auteur du Bavard est un homme discret, il parle peu. Il ne partage pas l'empressement contemporain devant les micros ou les caméras ; il ne prodigue pas les avis autorisés sur la manière de le lire. Il ne s'est pas, pour autant, retiré du monde, enfermé dans le mutisme. Cette réserve modeste, qui étonne presque aujourd'hui, est le signe d'un effacement devant l'uvre : il faut qu'elle résonne dans la lecture silencieuse, trouve seule l'accueil qu'elle réclame et mérite. Écrire exige ce retrait, dans la marge de la parole bruissante, dans un écart douloureux que les textes de Louis-René des Forêts éclairent. Écrire, c'est se confier à cette économie autre de la parole, à cette communication différée, où le langage continue de s'éprouver, dans la grâce de la trouvaille ou le travail de son surgissement, comme naissance d'un sujet. À l'écart des écoles, poursuivant obstinément son chemin personnel, l'uvre de des Forêts a conquis, depuis un demi-siècle, une audience fervente. Ostinato, publié en 1997, fait figure « d'événement littéraire » selon les mots de Jean Roudaut. Assurant à son auteur une reconnaissance tardive, un plus large public découvre alors une voix singulière, hantée par le souci de dire les éclats fulgurants d'une vie, une prose poétique qui ne consent à magnifier la langue que lorsque la nécessité de sa quête l'y pousse. Une uvre qui se défie d'elle-même, qui se soupçonne, mais jamais ne renonce à s'aventurer plus avant, parfois sans espoir de retour. Une uvre qui a su trouver contre elle-même les voies d'un accomplissement paradoxal de la littérature.
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