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Louis-René des Forêts / La parole taciturne
 

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Prélude 2

Louis-René des Forêts au festival d'Avignon. Juillet 1993. D.R.

Si la parole est d'essence taciturne, c'est parce qu'il n'est jamais question de simplement parler de soi, de s'abandonner à la complaisance égotiste. « Le je qui parle dans mes récits n'est pas une voix personnelle : non seulement il ne cesse de mettre en doute la véracité de ce qu'il dit, mais il va parfois (...) jusqu'à se nier », écrit des Forêts dans Voies et détours de la fiction. Par un retournement nécessaire, Ostinato se fait autobiographie, mais à la troisième personne.

Le matériau d'une vie, ainsi mis à jour, éclaire les textes antérieurs, mais ne résoud pas l'ambiguïté qui s'attache au sujet dès qu'il parle. Il n'explique pas l'écriture mais la nourrit : il en est le support plus ou moins « anecdotique ». La fiche « Repères biographiques » en retrace les grandes lignes, mais il ne faut pas oublier la leçon proustienne que des Forêts a fait sienne : la vérité de l'être gît plus profond. C'est, en effet, la remarquable pudeur de l'œuvre qui frappe son lecteur. Les allusions aux épisodes vécus, l'évocation des deuils se dispensent de tout nom propre, de toute précision sur les circonstances. Ostinato est une autobiographie de la fulgurance : le souvenir surgit sans éclairer son contexte ; il lui donne ainsi une force poétique indéniable.

Toute l'œuvre peut ainsi se lire comme une exploration de la voix, du volume d'une parole qui s'exile hors d'elle-même, cherchant à s'y retrouver. Comme un développement de ces vers de Dante, placés en exergue à Ostinato :

(...)comme une langue en peine de parole jeta le bruit de sa voix au dehors.

(Dante, Enfer, Chant XXVI)