des auteurs
Louis-René des Forêts / Le procès de la voix |
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Souffles
 
L'aventure de la
voix est passée par le roman, par le monologue, par
les dispositifs narratifs des récits. Comme s'il
fallait repartir à zéro, des Forêts se
risque au poème et fait d'un « fragment
d'un ouvrage en cours » Les
Mégères de la mer.
« Aujourd'hui je célèbrerai par le
chant ta ressemblance/ Du même pas faraud où
s'égrenaient mes heures
buissonnières. » D'emblée, le
souffle de la voix excède l'alexandrin, distend le
vers jusqu'à quatorze ou quinze syllabes. Le sujet
passe par le chant, par la dépossession lyrique. Il
s'agit de témoigner d'une expérience
indicible, d'une crise de l'être lorsqu'il
découvre, traumatiquement, son éveil à
la sexualité.
En douze
étapes, qui sont comme les scansions d'un chemin de
croix, le récitant évoque l'enfant
glorieux : « Je cherche où l'enfant
que je fus a laissé ses
empreintes. »
Rempli du bruit et
de la fureur des éléments marins
déchaînés, le poème rend
grâce à la Mère archaïque :
c'est-à-dire qu'il lui rend hommage mais qu'en
même temps, il succombe à ses prestiges
mortifères. Il n'avance qu'en se retournant contre
lui-même, allant vers un désir d'enfouissement
qui se dérobe, raturant son trajet. Le dernier vers
signe l'arrêt de la parole : « Mais
pas de mémorial pour qui désavoue son
parcours. »
Une
« voix venue d'ailleurs » fait passer un
souffle plus apaisé pour dire dans
Poèmes de Samuel Wood les veilles
anxieuses, la douleur du deuil, l'éclat du monde
tentateur. Le détour par la poésie
ramène aux sources de l'être ; il ouvre
l'espace mental d'Ostinato.
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« J'éprouve
chaque fois la même impression quand je lis votre
prose ou celle de Newman et d'autres écrivains
modernes : aussi belle que soit la pensée ou
quel que soit, pris intrinsèquement, le bonheur
d'expression, vous ignorez ce qu'est écrire de la
prose. Ce que vous faites au fond et le Cardinal Newman
pareillement, c'est penser de vive voix, penser la plume
à la main. Il y a dans ce procédé
certains avantages qui peuvent l'emporter sur ceux d'une
parfaite technique ; mais toujours est-il qu'ils les
excluent ; ils excluent la technique propre, la
rhétorique propre, l'éloquence qui
appartient en propre à la prose écrite.
Chaque pensée se détache isolément
et voilà qu'une pause suit, rompant ainsi la
continuité, le contentio, le mouvement du discours
que doit avoir d'ordinaire une uvre
littéraire.
En toute
bonne prose, la beauté, l'éloquence ne
sauraient procéder entièrement de la
pensée. Chez Burke, elles en procèdent et
varient selon la pensée ; c'est pourquoi,
lorsque la pensée chez lui est sublime, le style
paraît tel. Mais en fait Burke n'avait pas à
proprement parler de style : il ne disposait pour
transmettre sa pensée que d'un style
incolore. »
Extrait de la
lettre du 20 octobre 1887 à M. Patmore ; page
228 in Carnets - Journal - Lettres, de Gerard
Manley Hopkins, traduit par Hélène
Bokanowski et Louis-René des Forêts, William
Blake and Co./ Art & Arts éditeur, Bordeaux
1997.
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