Archéologie

 Retour à la liste
des auteurs

Louis-René des Forêts / Le procès de la voix
 

 précédent | suivant 

Eclats

Ostinato : dernière étape ? Le terme du parcours le relance encore, puisque la disposition fragmentaire de l'œuvre la rend sans fin. L'autobiographie se dit à la troisième personne, à distance de soi - comme si c'était un autre, un spectre que le texte évoquait.

Sous la forme d'épiphanies fulgurantes, les moments forts d'une existence surgissent au présent, déchirent le silence qui entoure chaque fragment. C'est une « ruée nourricière des mots » qui vivifie l'écriture. L'autobiographie recueille ces éclats. Elle n'est donc pas tournée vers la remémoration de soi, elle ne cherche pas à relier les instants de grâce. Elle accueille le discontinu, le vide qu'elle côtoie et où elle se ressource paradoxalement.

Livre tombeau, Ostinato est aussi le livre des deuils mais pour ne pas trahir la voix de ceux qui se sont tus, dont il faut témoigner. L'écriture obéit à une injonction éthique. Même si les mots ne sauvent pas de la mort, ils ne consentent pas à l'oubli, à cette deuxième et plus terrible disparition. Le chemin de la parole se maintient dans l'ouverture d'une mémoire tragique et inquiète. En elle continue, obstinément, de souffler les forces de la vie.