L'enfance
Des Mendiants à Ostinato, l'uvre cherche un « point d'équilibre », une façon pour l'être de « récupérer son unité perdue » (Voies et détours de la fiction). L'enfance occupe dans ce trajet une place capitale. Elle figure le moment mythique de la présence à soi, avant le langage qui ouvre la division. Conformément à l'étymologie, elle est l'âge de l'in-fans (celui qui ne parle pas). L'adolescent reste problématiquement fidèle à cette intégrité ; il tente de la préserver comme Guillaume dans Les Mendiants ; ou comme le Bavard, il veut y accéder par surenchère. Lors de l'extase dans le parc, le cantique entendu ramène le héros au souvenir de son enfance - mais l'anamnèse proustienne échoue : l'adulte a trahi l'enfant. La même quête tragique anime Les Mégères de la mer. Le père, se tournant vers le visage de son fils, lit « sur sa face fièvreuse comme un fruit se déchire / Ce même sourire quémandeur ».
Mère et fils, en 1928, dans le Berry. D.R. L'écrivain porte donc le deuil de ce « qu'il fut », le passé simple signifiant la coupure irrémédiable. Cette part d'enfance perdue fait naître le sentiment d'une trahison sans pardon possible. L'enfant devient le juge de l'adulte, de ses reniements. Le dédoublement est sans appel. Moment de la plénitude, de l'ouverture au monde, de la révolte farouche et de la communion avec la nature, l'enfance est un paradis qu'il faut perdre pour accéder à la parole qui en porte le deuil. Mais la parole, si elle devient écriture, peut tendre vers cette intégrité, en maintenir l'exigence. L'enfance qui était avant l'écriture devient l'horizon du langage. | ||||
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