Archéologie

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Louis-René des Forêts / A la recherche de l'unité perdue
 

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De la souveraineté

La pensée de des Forêts est souvent proche de celle de Bataille. Le rire, on l'a vu, est chez les deux écrivains biface. Solaire, il est l'expression de ce que Bataille comme des Forêts nomment la « souveraineté », et qui s'oppose radicalement au pouvoir.

Quant à la souveraineté, quiconque l'a perdue s'efforcerait vainement tout au long de sa vie d'en concerter le retour (...). Qu'un mouvement souverain excède l'intention, la déborde de toutes parts, dans la mesure où c'est l'effet non d'un calcul mais de quelqu'un que la grâce a visité, celui-ci ne saurait légitimement s'en prévaloir.

(Ostinato, p.173)

Bernard Pingaud a bien montré ce paradoxe de la souveraineté : elle nimbe celui qu'elle « visite », tel l'ange ; elle est une grâce imprévisible, passagère. Sani, dans Les Mendiants, la possède mais bascule dans la folie. Vouloir la retenir, calculer les moyens de la faire revenir sont impossibles, car ce serait contraire à l'essence de la souveraineté. Elle demande la passivité absolue, l'attente, la disponibilité. Elle habite celui qu'elle a élu le temps qu'elle veut. Le héros des « Grands moments d'un chanteur », Molieri le sait mieux que tout autre : le don du chant s'est emparé de lui. Le voici tel soir capable de chanter le rôle de Don Juan comme personne avant lui. Mais peut-il promettre de rééditer son exploit ? Le narrateur, en effet, note à propos des « scrupules » de l'artiste :

Comment s'engager à donner ce qu'on ne possède pas et qui, à tout moment, peut vous faire défaut ?

(fin du chapitre 1)