Deuils
La vie exige que tout en nous meure et renaisse dans un tumulte incessant. (Ostinato, p.121) La dualité, la double postulation sont partout à l'uvre chez des Forêts. Le texte ne maintient son acuité, son tranchant, son énergie qu'en se soumettant, avec bien des « scrupules », à ce va- et-vient permanent. La vie progresse par la succession des deuils : deuil de l'enfant glorieux que l'on fut ; deuil des êtres chers : la mère, l'ami, la fille. Appelé par l'éclat du jour (lumière bienfaisante ou « dieu d'or semant sa poudre trompeuse », comme dit un vers de Poèmes de Samuel Wood), détourné de la veille de l'insomnie où l'esprit se consacre à la mémoire tragique, sorti de la nuit des rêves que hantent les images des revenants, l'écrivain doit entretenir la blessure de la séparation.
Ces vers de Poèmes de Samuel Wood disent bien que morts et vivants sont définitivement séparés. On ne peut plus croire au mirage romantique d'une communication avec l'autre monde. Mais le souvenir doit être gardé vif, « ouvert » pour que, dans le tombeau mental que l'esprit entretient, les morts continuent de faire signe. Clignotant comme les étoiles dans le ciel nocturne.
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