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Louis-René des Forêts / A la recherche de l'unité perdue
 

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Deuils

La vie exige que tout en nous meure et renaisse dans un tumulte incessant.

(Ostinato, p.121)

La dualité, la double postulation sont partout à l'œuvre chez des Forêts. Le texte ne maintient son acuité, son tranchant, son énergie qu'en se soumettant, avec bien des « scrupules », à ce va- et-vient permanent. La vie progresse par la succession des deuils : deuil de l'enfant glorieux que l'on fut ; deuil des êtres chers : la mère, l'ami, la fille. Appelé par l'éclat du jour (lumière bienfaisante ou « dieu d'or semant sa poudre trompeuse », comme dit un vers de Poèmes de Samuel Wood), détourné de la veille de l'insomnie où l'esprit se consacre à la mémoire tragique, sorti de la nuit des rêves que hantent les images des revenants, l'écrivain doit entretenir la blessure de la séparation.

Irréparable cassure. Prenons-en acte.
Nous voilà désolés la vie durant,
Notre mémoire ouverte comme une blessure

(p.14)

Ces vers de Poèmes de Samuel Wood disent bien que morts et vivants sont définitivement séparés. On ne peut plus croire au mirage romantique d'une communication avec l'autre monde. Mais le souvenir doit être gardé vif, « ouvert » pour que, dans le tombeau mental que l'esprit entretient, les morts continuent de faire signe. Clignotant comme les étoiles dans le ciel nocturne.

Ni absent, ni présent, mais irrévocablement fixé dans un passé sans avenir d'où il semble de loin en loin continuer à le traverser de son éclat en paraissant s'éloigner toujours davantage à la recherche du lieu introuvable de sa disparition.

(Ostinato, p.113)

Poèmes de Samuel Wood, p. 25