Le destin d'un chanteur Frédéric Molieri était un modeste et obscur hauboïste de l'orchestre. A l'occasion d'une curieuse défaillance du ténor vedette, il monte sur les planches et réalise un « prodige » : son interprétation de Don Juan est parfaite. Sa carrière est aussi glorieuse que brève. Reprenant le rôle mozartien, il le massacre, force sa voix, parodie son talent. Il se retire ensuite mystérieusement, pour regagner la fosse de l'orchestre. « Les grands moments d'un chanteur » est un apologue sur le mystère de la création, sur l'origine du don. L'enquête est menée par un narrateur que la dualité du personnage fascine. Dans le monde truqué du théâtre, comment connaître la vérité ? L'énigme ne trouve aucune solution, comme si toute quête échouait devant la multiplication des interprétations. Il n'y a jamais, dans les récits de des Forêts, de saisie complète de la réalité. Depuis Les Mendiants, elle se construit par le croisement des points de vue partiels ; elle se cherche sous les hypothèses qu'émettent les protagonistes. Même celui qui détiendrait le fin mot de l'énigme, ne peut le dire. Molieri ne sait pas d'où lui vient son pouvoir de chanter. Sa rapide retraite peut aussi bien être due à une déficience physique. Sa maîtresse, Anna Fercovitz, n'est-elle pas tombée amoureuse d'un mirage ? Inexplicables et soudains, défiant le langage, certains « moments » élèvent l'être à une hauteur sublime. Accepter ce ravissement, l'accueillir et consentir à ce que la grâce fasse brusquement défaut : tel est le destin du chanteur, de l'écrivain, et sans doute de tout être parlant. | ||||
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