Le livre brûlé Louis-René des Forêts avoue, dans Voies et détours de la fiction, qu'il a renoncé à un roman, auquel il avait consacré cinq années. Le livre devait s'appeler Le Voyage d'hiver. L'écrivain revient sur cette expérience de « l'erreur », non pour déplorer son choix de brûler le manuscrit, mais pour noter que le projet était devenu trop « prémédité ». L'uvre, souligne-t-il, « avait cessé pour moi d'être l'impossible ». Il décrit ainsi le mouvement par où l'écriture s'est fourvoyée : « l'élan initial s'étant perdu, la machine depuis longtemps en moi tournait à vide et ne produisait plus qu'un bavardage oiseux ». Et il ajoute :
L'exigence de ce manque travaille au cur de la littérature. Il ne faut jamais céder à la facilité de la plume. Cette sévérité de jugement rappelle le vu testamentaire de Kafka, qui obsède les écrivains de notre temps. La littérature est toujours en faute, trahissant un vu d'effacement originel. C'est dès lors le statut de tout texte publié que des Forêts rend incertain - doute qui double chaque page d'Ostinato, dont la publication a été longtemps retardée. Doute qui accompagne, par un paradoxe nécessaire, toute uvre digne de ce nom. A la fin du prologue, on lit ce dialogue qui laisse la question en suspens :
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