Archéologie

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Louis-René des Forêts / "Une chance de salut"
 

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Le devoir de l'amitié vigilante

Robert Antelme. D.R.

Non, c'est quelque chose d'autrement obscur
La tendresse qui fait s'étrangler la voix
Le devoir de l'amitié vigilante.

(Poèmes de Samuel Wood, p.17)

Dans la persévérance à faire face aux détours du langage, à s'y perdre pour saisir la vérité des êtres, l'amitié tient une place primordiale. Comme chez Blanchot, elle est un rapport sans volonté de supériorité, un face-à-face qui maintient pourtant l'écart. Elle est relation respectueuse, libératrice, l'union de deux semblables. Les pages d'Ostinato qui évoque, sans le nommer, Jean de Frotté témoignent de la reconnaissance envers celui qui a fait « don de l'amitié la plus haute » (p.108). C'est lui qui a su dénouer le nœud de silence, « déchirer l'écorce qui enveloppait ce cœur orgueilleux ». On reconnaît, dans cette évocation pudique, la confrontation de Léonard avec le frère de Louise, dans le récit « Dans un miroir ». Après les passes d'arme de la suspicion, vient soudainement la colère, l'emportement physique et le rire « de délivrance » qui transcende les barrières.

La mort de l'ami cher lègue à des Forêts une dette sans recouvrement, dette qui devient devoir moral d'ouverture à autrui. Il ne s'agit pas de rechercher l'agrégat dans le groupe, même si la bande des adolescents des Mendiants marque la nostalgie de cette complicité première. La « communauté » de l'amitié (Blanchot) est comme celle de la lecture : une présence silencieuse, attentive, fidèle - qui accompagne jusqu'au dernier battement du cœur.

L'esprit doucement s'endort, il n'y a que le cœur qui se souvienne.

(Ostinato, dernière page)