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Louis-René des Forêts / "Une chance de salut"
 

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Résistance et refus

UNE « PAROLE BOULEVERSANTE »

L'absence d'illusion ne nourrit pas le retrait indifférent. En 1954, des Forêts fonde avec Antelme, Mascolo et Morin, le « Comité contre la guerre d'Algérie ». L'attitude fondamentale reste la même : s'opposer à la violence du pouvoir, refuser. Le seul texte publié par des Forêts dans la revue L'Éphémère (qu'il avait fondée avec Bonnefoy, du Bouchet, Celan, Dupin, Leiris et Picon) est un vibrant hommage à Mai 68. L'écrivain l'accueille comme le signe d'une protestation bouleversante. Voici le début de « Notes éparses en mai » :

Dans les heures décisives où le refus s'exprime au grand jour, la parole cesse d'être le privilège de quelques-uns ; elle renonce à s'affirmer dans celui qui l'exerce pour s'effacer devant la vérité d'une parole commune qui, surgie d'un monde livré à l'assoupissement, traduit l'effervescence de la vie.

(Cahier Louis-René des Forêts, p.35)

Ce court texte est une réflexion politique et littéraire, les deux étant ici indissociables. Car il s'agit bien du statut de la parole : une parole enfin libérée, rendue collective et commune, qui circule sans autorité et rend vie. Elle a la vertu d'un « rire irrévérencieux », qui est - on l'a vu - le signe de l'enfance intègre. Le ton de des Forêts est proche de Breton, qualifiant le surréalisme. La parole révolutionnaire est comme la poésie pour Lautréamont : « donnée à tous, dite par tous et qui ne semble n'avoir été dite par personne. » Une insurrection de l'être, transcendant l'individu.

L'Éphémère, n°6, été 1968, pp. 3 et 4