La règle et la ruse
Les « grands moments » sont rares, il faut donc se maintenir en état de disponibilité. Continuer à jouer - même sans espoir de gagner. La métaphore du jeu est omniprésente dans Ostinato. Elle semble une version laïcisée du pari pascalien. Le non-croyant, celui qu'une éducation religieuse rigoriste a dégoûté de la religion, mise, malgré tout, sur le salut. Comme la grâce janséniste, c'est quelque chose qui ne peut s'obtenir. Il faut renoncer à tout gain immédiat, abandonner tout calcul. « Rien ne t'interdit d'espérer qu'il te sera donné par surcroît, et pour ainsi dire à ton insu .» (Ostinato, p.187.)
Louis-René des Forêts enfant, dessiné par un camarade de classe. D.R. La nature de ce salut est malaisée à définir : réconciliation de l'esprit et du cur, ouverture à l'aube du monde. Elle échappe à tout projet, à toute stratégie qui nierait la part du hasard. Face à une règle du jeu piégée, l'écrivain doit ruser ironiquement. Toute l'uvre de des Forêts semble ainsi parodier des lois qu'elle pousse à l'absurde, pour les retourner. La Chambre des enfants constitue, de ce point de vue, l'emblème de l'entreprise littéraire. Les enfants contrefont les maîtres, les singent. Ce faisant, ils se livrent à ce qu'Hegel appelle « l'ironie féminine ». Ils échappent à la loi en l'appliquant avec outrance, sans y croire. Ils en démontent l'inanité, face à « la terrible beauté » du monde. Piégé entre les quatre murs de la Règle, il se détourne pour écouter le vent sur la mer encore plus éblouissante au sommet des toits qu'une bêche frappée par le soleil. (Ostinato, p.23) | ||||
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