Archéologie

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Louis-René des Forêts / "Une chance de salut"
 

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L'œuvre inachevée

Commencé en 1975, Ostinato paraît en 1997, accompagné d'un « avertissement de l'éditeur » rédigé par des Forêts :

Le livre s'inscrit donc dans la lignée des fragments parus en revues depuis 1983. Il se présente encore comme un chantier, un work in progress inachevable. Organisé en deux parties, il déploie les épiphanies de moments forts, jusqu'à la rupture qu'introduit brutalement la mort de l'enfant. La fin du volume s'intitule « Après », rappelant l'architecture des Contemplations de Victor Hugo, ouvert en deux par la disparition de Léopoldine.

L'autobiographie obéit à un accueil presque passif des morceaux de mémoire vive que la langue visite. Ce mouvement exclut la continuité du récit. Mais l'auteur se méfie tout autant des facilités de l'aphorisme. Ce sont autant d'éclats poétiques qui inscrivent « tout en bas de la toile vierge, les vestiges d'un naufrage » (p.164), qui se pulvérisent sur la page blanche. 

L'œuvre en cours, de la mémoire, de l'écriture, fixe et vagabonde, ne ressemble à aucune autre avant elle. Elle bouleverse par une saisissante poésie, lorsque l'image glorieuse se ranime sous nos yeux. Elle est chemin ouvert, frayage interminable. L'écrivain subit le déport d'un mouvement qui se met en branle à son insu, qui l'entraîne « à la dérive », selon le titre de la dernière partie du recueil. Tel un Ulysse qui ne reverrait jamais Ithaque, il part à l'aventure. Il ne peut préméditer un terme, s'étant privé des ressources de la fiction qui, assurant la séparation entre auteur et narrateur, permet de raconter une histoire complète.

La beauté du texte vient de ce paradoxal abandon aux forces du langage, forces de vie comme de mort avec lesquelles l'écrivain doit pactiser. Cette lutte incessante, entre oubli et retour présent du souvenir, donne à l'œuvre inachevable sa dynamique, son allure emportée et pathétique. La voix, dépossédée d'elle-même, résonne de toutes les présences à jamais vivantes des êtres qui la composent.

Ostinato, pp. 7, 15, 26, et 12
Verso :Rémy Zaugg Personne II Galerie Anne de Villepoix Paris, 1990 © Rémy Zaugg