[...] comme introduction à l'ensemble de ce fatras, je conseillerais le premier volume de Mythe et épopée. […] J'ai repris là,
dans toute leur ampleur, des analyses que j'avais proposées dans des articles ou dans de brèves études.
(Georges Dumézil, Entretiens avec Didier Éribon)
Dumézil prend sa retraite en 1968. Sa pensée a beaucoup évolué depuis la découverte initiale de 1938. S'il avait alors
tendance à penser qu'une répartition sociale des rôles avait pu être à l'origine de la tripartition fonctionnelle, il se rend
compte qu'elle a été un système du monde, qui permettait aux Indo-Européens d'analyser et de classer le monde. Par ailleurs,
très critique sur sa propre œuvre, rejetant même tous les travaux mythologiques antérieurs à 1938, revenant souvent sur les
sujets abordés, il décide de profiter de sa retraite pour remettre au propre, trier le bon et le mauvais, et tirer les conséquences
de ses ouvrages depuis trois décennies.
La première synthèse est le gros volume constitué par le tome I de Mythe et épopée 1. Dumézil entend y faire le bilan
définitif il ne le sera pas! sur trois dossiers qui ont longuement retenu son attention: l'analyse du Mahâbhârata, dans le
prolongement de l'article de Stig Wikander de 1947 2, ici considérablement augmentée, avec prise en compte de tous les
principaux personnages du poème; le mythe de la première composition ethnique de Rome, à partir de trois composantes,
selon ce qu'ont exposé Virgile et Properce, à l'époque d'Auguste surtout; celui de la fondation de la ville et des premiers rois
3; enfin le dossier ossète, celui de ces trois familles en lesquelles se répartissaient les Nartes 4, avec examen de tous les
mythes, par exemple ceux où les Forts affrontent, pour les piller, les Riches, qui mettent ainsi en lumière les traits
caractéristiques des trois familles, dans toute leur richesse.
Une quatrième partie, «Epica minora, revient sur les thèmes des trois fléaux, en Inde, en Iran, etc., et du choix, soit
proposé entre trois personnages (les fils de Feridûn 5, les fils de Guillaume le Conquérant), soit triple et posé à un seul
personnage (Pâris, Dron.a dans le Mahâbhârata).
1. Mythe et épopée. L'Idéologie des trois fonctions dans les épopées des peuples indo-européens, Gallimard, coll.
« Bibliothèque des sciences humaines », 1968.
2. Voir fiche 13.
3. Voir fiche 9.
4. Voir fiche 5.
5. Voir fiche 11.