Uruguay, 1930, première édition
Affiche de la Coupe du Monde 1930, Uruguay.
Photo © Laget
La juste consécration de la Céleste
Lors de son
premier congrès le 21 mai 1904 à Paris, la Fédération
internationale de football association (FIFA) avait prévu l'organisation d'un
championnat international dont la Suisse devait être le théâtre dès
1905. Prématuré, ce projet fut enterré dès 1906 sous l'impulsion
des Britanniques. Le déclic ne se produisit que lors du Tournoi olympique de Paris
en 1924, devant la prestation des footballeurs uruguayens qui subjugua tout le monde, en
particulier le Français Jules Rimet, président de la FIFA. Même si les
professionnels étaient obligatoirement absents du rendez-vous réservé
aux amateurs, la présence de footballeurs d'Égypte et des États-Unis
aux côtés des magiciens sud-américains fit comprendre à Jules Rimet
que son rêve de Coupe du Monde n'était pas complètement utopique.
Dès 1926 il provoquait la création d'une commission d'étude. Les
conclusions tombaient enfin lors du congrès de 1928 à Amsterdam, ville des
Jeux Olympiques, où les Uruguayens se couvraient encore de gloire : « Une
grande compétition ouverte à toutes les fédérations
affiliées sera créée en 1930. » À Barcelone en 1929,
on finalisait : ce tournoi organisé tous les quatre ans, comme les Jeux Olympiques,
serait la Coupe du Monde. La Hongrie, l'Espagne, l'Italie, la Suède, et les Pays-Bas
qui avaient envisagé de mettre sur pied la première édition, se
retirèrent au profit de l'Uruguay, double vainqueur olympique, qui fêterait
en 1930 le premier centenaire de son indépendance.

1930, le Conte Verde emporte l'équipe de France vers l'Uruguay.
Photo © Laget
La petite république sud-américaine qui lance aussitôt la
création d'un « Stade du Centenaire » d'une capacité de 108 000
places pour accueillir l'événement, recevra huit candidatures de son
continent (Mexique, Chili, Argentine, Brésil, Bolivie, Paraguay, Pérou,
États-Unis), et seulement quatre européennes, malgré tous les
efforts de Jules Rimet. Du 13 au 30 juillet 1930, c'est donc treize pays, avec
l'organisateur, qui vont se disputer ce premier trophée dont Jules Rimet a
confié l'exécution au sculpteur Abel Lafleur. Curieusement les pays
européens intéressés par l'organisation sont absents. Qu'importe,
Belgique, France, Roumanie et Yougoslavie qui rallient Montevideo en paquebot au terme
d'une inoubliable croisière de quatorze jours, sont fêtés comme des
amis.

Finale de la Coupe du Monde 1930, Uruguay / Argentine.
Lucien Laurent marquant dès la 19e minute le premier but historique de la compétition, le 13 juillet, devant 2 000 spectateurs à peine, les bleus d'Alex Thépot gagnent aux dépens du Mexique le match d'ouverture (4-1), disputé sous la neige en juillet, mais ils s'inclineront ensuite devant les trop rugueux Argentins, et, fatigués, devant les Chiliens. Les demi-finales verront ces Argentins et leurs voisins uruguayens se hisser en finale en écartant sur le même score de 6 à 1 les États-Unis et la Yougoslavie. L'équipe uruguayenne, que l'on surnomme la Céleste, à cause de ses couleurs ciel et blanc, mais aussi de son jeu et de son invincibilité, retrouve en finale l'ombrageux voisin argentin, comme lors des Jeux de 1928. Bien arbitrée par le Belge John Langenus, la partie sera chaude, l'émeute proche, mais finalement les locaux conserveront le dernier mot, en particulier grâce à Castro, le buteur manchot (4-2). C'est à eux, à leur capitaine Nasazzi, que dans un stade en folie, Jules Rimet remettra le si important premier trophée de l'histoire. Avec quatre victoires en quatre matches, et quinze buts marqués, pour trois encaissés, les Uruguayens ne l'ont pas volé. La Coupe du Monde est lancée.