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Le monde du football / Les grandes figures
 

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Le gardien de but

Pierre Chayriguès dégage. © Collection Laget

Non, ce n'est pas parce qu'il était solitaire et qu'il avait froid que pendant très longtemps le portier, le goal, ou l'ultime défenseur porta casquette, gants, maillot jaune, vert, bleu ou rouge, donc d'une couleur différente de celle des joueurs du champ, et genouillères. Non, obligé de se protéger parce qu'il était volontiers chargé par les attaquants dès qu'il faisait action de jeu, il avait aussi tout à redouter de terrains râpeux, sans pelouse, où le moindre plongeon lui emportait les genoux.

Dans ces années folles, le garde-but cher à Montherlant, qui tint lui-même le poste, est en effet souvent malmené par les attaquants.

Pierre Chayriguès - dont le sang-froid, l'adresse et l'audace lui firent quitter sa ligne de but et rayonner dans sa surface - l'apprendra à ses frais : blessé à l'épaule par un attaquant tchèque lors des Jeux Interalliés de 1919, il sera indisponible pendant deux ans.

Lebidois trouvera même la mort dans un choc violent avec un attaquant adverse.

Stade de Paris, le 14 avril 1928. Pierre Chayriguès, capitaine de l'équipe du Club Français, échange une gerbe de fleurs avec le capitaine de l'équipe d'Eintracht de Trèves. Photo © Laget

L'intégration du goal dans l'équipe proprement dite ne se fit pas sans mal. Paradoxalement, c'est à la Belle Époque, lorsqu'il arbore la même tenue que ses partenaires, que le portier est quasiment un laissé-pour-compte dans sa surface. Le jeu du gardien est alors primaire, rivé sur sa ligne, comme Guichard en 1904, il se contente de boxer la balle, quand il peut.

C'est le temps de l'apprentissage, y compris, et surtout, sur le plan international. Le gardien essuie les plâtres, et paie cher le jeu trop individuel de ses équipiers. Sous-estimé, le poste va tout de même évoluer malgré les cartons : Baton s'ingénie à quitter sa ligne pour dégager plus loin, et à Ispwich, même si face à l'Angleterre il encaisse 20 buts, Tillette, le gardien de l'équipe de France plonge enfin. Sans cela l'addition aurait même été plus lourde.

Caricature de Di Lorto. © Collection Laget

Spectaculaire, Chayriguès donnera donc ses premières lettres de noblesse au poste : avec lui, on impute enfin une victoire au portier. Elle est obtenue sur la Belgique en 1914, il devient « le Chayriguès national ». Malgré le conflit international, à 22 reprises, Pierre prouve que dans sa cage (7,32 x 2,44 m), le gardien n'est pas une pièce rapportée. Surtout quand il arrête un penalty imparable, comme celui de Dewaquez, qui lui vaut de sauver le Red-Star en finale de Coupe de France.

Alex Thépot prolongera cette valorisation dans les années 1930, où son sens du placement, sa correction font merveille.

Laurent Di Lorto, invincible devant l'Italie en 1937 (0-0), Rudolf Hiden, et le Lillois Julien Darui témoigneront de l'épanouissement au plus haut niveau des gardiens français. Une tradition de solidité, de sécurité, que confirmeront ensuite René Vignal, Marcel Bernard, Marcel Aubour, Georges Carnus, puis Joël Bats, et aujourd'hui Fabien Barthez. Reste que ce poste de toutes les angoisses a également aussi bien fasciné Albert Camus, Jean Fayard, que Jean-Paul Belmondo, François Mitterrand, Claude Roy ou Fréderic Dard. Il est peut-être celui qui évolue le plus à présent.