
Finale de la Coupe Interbanque jouée en 1922 au stade Jean-Bouin entre la
Guaranty Trust et la Banque française et italienne. Photo © Laget
Équipe de France et de clubs joueront en fait devant des publics
clairsemés jusqu'à la première grande guerre. Le cyclisme et le
football-rugby se disputent alors des stades qui sont souvent rares, petits,
dépourvus de tribune et de places assises. Un match important n'attire guère plus de 5 000 spectateurs ; ses meilleures recettes le Onze de France les réussit à Bruxelles, Turin, où le ballon rond est déjà bien enraciné.
En outre, le calendrier des matches est peu étoffé, il n'y a pas encore de grandes vedettes, et, conséquence de cet apprentissage prolongé, nos équipes offrent souvent des cartons à l'adversaire. Autant d'éléments peu faits pour motiver et déplacer un spectateur casanier, chauvin et peu masochiste par essence.
Les déclics se feront avec la création de la Coupe de France en 1918, une épreuve populaire s'il en est. Avec le 5 mai 1921 une symbolique victoire sur les maîtres anglais, par 2 à 1, et enfin en 1924, l'organisation d'un tournoi olympique qui permet au public de découvrir les magiciens uruguayens qui crédibilisent enfin un jeu captivant et spectaculaire. Dès lors, le nombre de spectateurs moyen va allègrement franchir la barre des 20 000. Les équipements sont maintenant de plus en plus abordables, et une presse bien organisée couvre des manifestations à présent relayées par la province. L'équipe de France trop longtemps cantonnée dans la seule région parisienne porte la bonne parole à Marseille, à Bordeaux, Le Havre ou Toulouse.
Un deuxième souffle, décisif, interviendra dans les années 1930. Une terrible crise frappe alors le rugby, au moment où surgit en 1932 un nouveau Parc des Princes, et d'autres stades en province qui accueilleront bientôt un championnat professionnel dont 20 clubs disputent en 1932-33 la première édition gagnée par Lille. L'organisation de la Coupe du Monde 1938, avec des matches à Strasbourg, Marseille, Antibes, Toulouse ou Le Havre, assiéra la popularité qui manquait au ballon rond.
L'affluence moyenne pour les matches de l'équipe de France passe alors la barre des 30 000 spectateurs. Contre l'Angleterre en 1938, ils sont même 46 000, et contre l'Italie, en Coupe du Monde, ils sont 58 000 à déplorer que les bleus ne renouvellent pas le match nul de 1937.
En 1946, plusieurs chambrées de plus de 50 000 spectateurs viendront encourager à Colombes une équipe de France renaissante qui domine Tchèques, Autrichiens et Anglais. Mais le record, 62 145 spectateurs, on l'enregistrera en 1956 à Colombes, lors de la victoire des hommes de Roger Marche sur l'URSS (2-1). Les exploits de Reims, de Fontaine et Kopa à la Coupe du Monde 1958, puis ceux de Saint-Étienne, Bastia ou Marseille, avec Platini, Giresse, Papin et Cantona - bien relayés par la radio, puis la télévision - élargiront une audience qui peut à présent s'appuyer sur plus de deux millions de licenciés répartis dans quelque 20 000 clubs.
Ils peuvent paraître à des années-lumière les 498 spectateurs qui, en 1908, encourageaient à Colombes l'équipe de France de Gabriel Hanot dominée par la Belgique (1-2) : toujours est-il que c'est un peu grâce au courage et la passion de ces explorateurs courageux que le football français peut désormais se prévaloir du bon rythme de croisière qui est le sien.