Alors qu'il balbutiait, loin dans le sillage du football-rugby, le football association put
s'estimer heureux de trouver les pelouses du Bois-de-Boulogne, l'enclos des Francs-Tireurs au
boulevard Lannes, ou le bastion des Fortifs à la porte Dauphine. Si le terrain
n'était pas balisé par les vêtements des joueurs, il fallait porter
les barres sur l'épaule pendant deux kilomètres. Les 200 ou 300 spectateurs
qu'attiraient alors ceux que l'on appelait systématiquement des « Anglais » se
contentaient de se presser sur le pourtour d'un terrain inégal, maladroitement
tracé, et dans le meilleur des cas délimité par une main courante.
Stade et tribune n'apparaîtront qu'au stade vélodrome du Parc des
Princes à partir de 1897, ou un peu plus tard à la piste municipale de
Vincennes. Les premiers grands terrains spécifiques seront ceux de la Légion
Saint-Michel (rue Olivier-de-Serres), ou du CA Paris à Charentonneau, l'un et l'autre
taillés entre des maisons d'habitation. À Bastia, les parties se
disputeront même place Saint-Nicolas, malgré un réverbère.
Le terrain du journal Le Matin à Colombes accueillera à partir
de 1910 les adeptes du ballon rond, avant de se transformer en 1924 en stade de Colombes
et d'héberger les Jeux Olympiques. Quant au stade Bergeyre, juché près
des Buttes-Chaumont, « c'est un plateau de gazon, une île claire et tranquille,
que vient battre à l'horizon, le flux de l'immense ville »( Paul Souchon) ;
il héberge les parties de l'Olympique et quelques matches internationaux.
Stadium
de Toulouse.
Le premier stade dont le nom entre dans l'histoire est peut-être Pershing,
érigé dans le bois de Vincennes par les soldats américains
pour célébrer les Jeux Interalliés. C'est en effet sur sa maigre
pelouse que le 5 mai 1921, le Onze de France obtient son premier succès sur
l'Angleterre (2-1).
Associés aux prouesses de l'équipe de France, d'un club, ou d'un grand
joueur, les stades peuvent porter leur nom (Bessonneau à Angers, Robert Diochon
à Rouen, Henri Jooris à Lille), ou celui d'un lieu-dit (Hespérides
à Cannes, Huveaune à Marseille)... Furiani, et c'est toute
l'épopée réussie en 1978 par les bleus de Bastia en Coupe de
l'UEFA à Geoffroy-Guichard, ce sont tous les exploits réussis par les verts
en 1976, en 1975 ou 77... Des moments de bonheur, de folie, car transportés par des
supporters enthousiastes, les bleus ou les verts ont tout simplement réussi là
des miracles.
Des lieux de communion et de partage où toutes générations et
classes confondues, l'on vibre en melon, casquette ou canotier... Un stade de fortune peut
alors, la passion aidant, prendre des allures de Maracana, le plus grand et le plus beau stade
du monde. Si le Parc des Princes donne maintenant des ailes au Paris-Saint-Germain,
après avoir inspiré Stade Français et Racing, la palme reste au
Stade Vélodrome de Marseille, qui sublime toujours les joueurs en ciel et blanc
de l'OM... Contrairement à ce qui se passe en Grande-Bretagne, les grands stades
français n'appartiennent quasiment jamais aux clubs, mais aux pouvoirs publics,
qui en confient la gestion.