Presse écrite, parlée et télévisée,
évolution, révolution

Couverture de Miroir du football de juin 1963.
Facilement compréhensible par le grand public, moins violent que le
rugby, davantage pratiqué dans le monde et en Europe, tant au niveau des
clubs que des nations (le 100e match du Onze de France se situe en 1930,
celui du XV en 1940), le ballon rond va éclipser son vieux rival grâce
à la radio, qui demeure autour de 1930, comme l'écrit Georges Briquet,
« le plus beau tremplin, que le football ait connu pour son lancement
». La clef : les reportages intégraux des matches internationaux. Se
trouvent alors derrière le micro, ou « tabatière », le long
des lignes de touche, Dehorter, puis Briquet pour le Poste parisien, Marcel Rossini
pour Radio Paris sur les grandes ondes, puis Jean Antoine et Alex Virot pour
Radio-Cité. Avec eux la France entière du sport naissant vibre. La
passion prime encore sur l'analyse et le technique...
Cela change des relations funèbres du départ où, faiblesse
de l'équipe de France oblige, les comptes rendus s'apparentaient souvent à
de terribles constats d'huissier. Ainsi, même sous la plume du truculent Robert
Desmarets &endash; père de Sophie, la comédienne bien connue &endash; la
relation du match Angleterre-France qui, le 23 mars 1908, se solde par un
désastre pour nos couleurs devient : « 3h38, coup d'envoi par la
France ;
3h47, Hawkes marque ;
3h54, Jordan marque ;
4h1, Woodward
marque ;
4h3, Berry marque de la tête ;
4h10, Jordan marque des 20
mètres ;
4h13, pour les bleus, sur passe de Sartorius, Mathaux shoote
trop haut ;
4h18, Jordan marque ;
4h25, l'arbitre siffle la mi-temps ;
4h37, le jeu reprend ;
4h38, Sartorius shoote, le goal anglais dégage en
tombant ;
4h40, Jordan rentre le septième but, Renaux regarde la balle
passer ;
4h44, Woodward marque ;
4h50, Jordan marque ;
4h58, Woodward
marque ;
5h7, Jordan marque, Renaux ayant mal dégagé ;
5h9,
François manque de peu un but ;
5h18, bon shoot de Royet ;
5h20,
Jordan marque le 12 e but ;
5h22, fin du match ;
5h25, Allemane, le
capitaine français, qui avait craint une déroute, trouve la
défaite fort honorable. » (sic)...
Les premiers journalistes sont encore polyvalents, et procèdent
par dépêches pour réduire les frais téléphoniques.
D'ailleurs, économie oblige, ils ne font pas toujours les grands
déplacements. Ainsi, pour la première Coupe du Monde en Uruguay en
1930, seul Le Journal a un envoyé spécial, Pierre Billotey.
L'Auto, le quotidien spécialisé se contente de mettre à
contribution deux joueurs de l'équipe de France, Augustin Chantrel et Marcel
Pinel, les intellectuels ; le premier embrassera d'ailleurs ensuite la profession.
Avec eux, les informations ont toutes les chances d'être de premières
mains, mais leur signature n'apparaît pas ou mal. Dans d'autres titres, ce
sont des cadres fédéraux qui sont utilisés comme correspondants,
joignant ainsi l'utile à l'agréable.
Il faudra les Coupes du Monde organisées par l'Europe en 1934 et 38,
pour qu'un pas en avant soit franchi. Ainsi, en Italie, la presse parlée de
12 des 16 pays qualifiés accepte de payer 10 000 lires pour retransmettre les
matches en direct. En France, quatre ans plus tard, les ondes répercutent
quasiment tous les matches des qualifiés. Paris-PTT et Radio Paris assurent
les relais. Pour ne plus gêner le long de la touche, les journalistes un peu
trop nombreux sont invités à rejoindre le coin Presse qui leur est
réservé dans la tribune. De là, ils ont une vision panoramique
du match. En 1938, 24 journalistes de la presse écrite ou parlée
accompagnent les Suédois. Un record. En 1950, au Brésil, selon Georges
Briquet, 20 radio-reporters officieront pour 15 nations.
Quant à la presse écrite, elle a donc fait la part de plus en
plus belle au ballon rond dans ses titres généralistes, mais aussi dans
une presse spécialisée dont les fleurons ont été
dès la première heure Football et Football association,
puis Coup franc. Le Miroir du football (1956-1979), Football Magazine
(1960-1978), ou France-Foot 2 (1978-1982) suivirent avec
bonheur. Tiennent aujourd'hui le haut du pavé France-Football (depuis
1946, la Bible) et Onze (depuis 1976).
Profitant des techniques modernes d'édition, du tout-couleur, le Mondial 98
devrait susciter l'éclosion de titres éphémères traduisant
tout de même la force de l'événement...
Si des matches ont été « télévisés »
dès 1936, c'est lors du Mondial de 1954 seulement que les premiers
téléspectateurs peuvent savourer huit matches en direct. On se
bouscule devant les postes installés sur les Champs-Elysées. Le
succès ne se démentira plus.
Aujourd'hui Thierry Roland et Jean-Michel Larqué pour TF1, Thierry
Gilardi ou Charles Biètry sur Canal+, ont transformé les retransmissions
de matches en de véritables spectacles où, avec ralentis,
décomposés, historiques, statistiques, non seulement il n'y a jamais
de temps morts, mais on a aussi la chance d'être plongés au cÏur de la
partie grâce à des caméras qui ne manquent rien, pas même
les joueurs concentrés, euphoriques ou abattus dans les vestiaires. Moyennant
quoi, la partie déborde largement le cadre des 90 minutes institutionnelles. Un
nouveau football est là, où interviennent de plus en plus souvent en tant
que consultants ou journalistes d'anciens internationaux ou techniciens
réputés. Et dans le seul Stade de France, 2 450 places seront
réservées à ces heureux journalistes des temps modernes...