Le constat simpose : longtemps méconnu du grand public, Louis Guilloux
noccupe pas la place quil mérite dans les Lettres françaises.
Pourtant la reconnaissance de ses pairs ne lui a pas manqué, dAragon à
Gide, de Malraux à Camus. Jorge Semprun avoue sa dette envers Le Sang
noir, un des livres sans lesquels il naurait jamais été ce
quil est devenu, explique-t-il dans Adieu, vive clarté (1998). À
se vouloir toujours «à (son) compte», à penser en «franc-tireur»,
à écrire en «artisan» libre, à refuser tout engagement
de son uvre, Guilloux ne pouvait que rester en marge des courants idéologiques
porteurs de carrières. Quand bien mê-me sa pensée, sa sensibilité
révélaient un authentique homme de gauche, il ne pou- vait servir
de caution ni de bonne conscience à la Gauche officielle. Il ne le voulait
pas. «Je ne veux, je ne puis me dire dun parti ou dune école. (...)
Les hommes que jai voulu peindre ne sont pas dabord des prolétaires.
Ils sont avant tout des hommes.» écrit-il à Romain Rolland
en 1931. En 1977, à François Bourgeat qui lui demande sil est un
écrivain prolétarien, le romancier réplique «Ah non ! Je naccepte aucune appellation. Je mappelle Louis Guilloux et je fais ce que
jai envie de faire. Je suis écrivain, cest tout. En plus, je ne pense
pas que le prolétariat soit indemne de toute tare. Je nen fais pas une
idole.». Ni idole, ni maître...
«Le seul progrès qui importe, cest celui dune certaine conscience» déclarait Louis Guilloux à LExpress en 1977. Conscience de la réalité humaine, conscience du Mal et du devoir de fraternité qui requiert une condition absolue : «il faut que les curs soient libres». Telle est la tâche. Délaissée au siècle des idéologies, quen ferons-nous demain ? | ||||
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