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| Quelques grandes thèses régionales
entre 1960 et la fin des années 1970 |
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GOUBERT Pierre,Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730.
Contribution à lhistoire sociale de la France du XVIIe
siècle
Paris, SEVPEN, 1960; rééd., Éd. de lEHESS,
1982; repris dans une édition abrégée sous le
titre Cent Mille Provinciaux au XVIIe siècle,
Paris, Flammarion, 1968. |
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BAEHREL René, Une croissance: la Basse-Provence rurale
Paris, SEVPEN, 1961. |
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DUPEUX Georges, Aspects de lhistoire sociale et politique
du Loir-et-Cher
Paris-La Haye, Mouton, 1962. |
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VILAR Pierre, La Catalogne dans lEspagne moderne. Recherches
sur les fondements économiques des structures nationales
Paris, SEVPEN, 1962. |
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LE ROY LADURIE Emmanuel, Les Paysans de Languedoc
Paris, SEVPEN, 1966. |
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DEYON Pierre, Amiens, capitale provinciale. Étude sur la
société urbaine au XVIIe siècle
Paris-La Haye, Mouton, 1967. |
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AGULHON Maurice, Pénitents et francs-maçons de lancienne
Provence
1968. |
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DAUMARD Adeline, La Bourgeoisie parisienne de 1815 à 1848
Paris-La Haye, Mouton, 1969. |
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AGULHON Maurice, La République au village
Paris, Plon, 1970. |
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BOIS Paul, Paysans de lOuest. Des structures économiques
et sociales aux options politiques depuis lépoque révolutionnaire
Paris-La Haye, Mouton, 1970. |
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GARDEN Maurice, Lyon et les Lyonnais au XVIIIe siècle
Paris, Les Belles Lettres, 1970. |
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DUBY Georges, La Société aux XIe et XIIe
siècles dans la région mâconnaise
Paris, SEVPEN, 1971. |
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LEBRUN François, Les Hommes et la mort en Anjou aux XVIIe
et XVIIIe siècles.
Essai de démographie et de psychologie historiques
Paris-La Haye, Mouton, 1971. |
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FOSSIER Robert, Histoire de la Picardie
Toulouse, Privat, 1974. |
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CASTAN Yves, Honnêteté et relations sociales en Languedoc
Paris, Plon, 1975. |
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CORBIN Alain, Archaïsme et modernité en Limousin au
XIXe siècle, 1845-1880
Paris, M. Rivière, 1975. |
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PERROT Jean-Claude, Genèse dune ville moderne. Caen
au XVIIIe siècle
Paris, Éd. de lEHESS, 1975. |
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JOUTARD Philippe, La Légende des camisards. Une sensibilité
au passé
Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque des histoires»,
1977. |
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CHAUNU Pierre, La Mort à Paris. XVIe, XVIIe,
XVIIIe siècle
Paris, Fayard, 1978. |
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VOVELLE Michel, Piété baroque et déchristianisation
en Provence au XVIIIe siècle
Paris, Éd. du Seuil, 1978. |
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DUPÂQUIER Jacques, La Population rurale du Bassin parisien
à lépoque de Louis XIV
Paris, Éd. de lEHESS, 1979. |
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À lire ces thèses on ne peut que constater
limportance de lascendant exercé par Labrousse, qui
excède celui de Braudel dans le monde universitaire. Au reste,
il nest guère que Pierre Chaunu pour tenter dimiter
Braudel et sa Méditerranée
en consacrant sa
propre thèse à lAtlantique Séville
et lAtlantique (1504-1650), publiée en 1955-1960 (12
vol.). Linfluence de Labrousse est dailleurs revendiquée
par nombre de chercheurs dans les témoignages quils livrent
au terme de leur carrière universitaire.
Daniel Roche, après avoir dépeint lenseignement
en Sorbonne dans les années 1950-1960 comme ennuyeux et coupé
des mutations en cours dans lhistoriographie, conclut son témoignage
en écrivant: «Au moment de choisir un sujet de recherche
pour préparer le diplôme détudes supérieures,
nous [les étudiants engagés dans la vie politique et syndicale
et intéressés par les évolutions de lhistoriographie]
nous retrouvions, 62, rue Claude-Bernard, chez Ernest Labrousse.»
Pierre Goubert évoque son maître avec une
admiration passionnée: «Il parut comme un éblouissement,
dans lune des salles les plus tristes de la triste Sorbonne
Je mévadais de Beauvais un jour ouvrable pour aller lécouter:
économie, statistiques, prix et revenus, cycles, intercycles, mouvements
de longue durée (Braudel na pas tout inventé), le
tout reposant sur des hommes de chair rentiers, laboureurs, manouvriers,
vignerons surtout dans un XVIIIe siècle rajeuni
et comme repensé. Plus prenante encore, sil se peut, la phrase
et la parole: une sorte déloquence maîtrisée,
retenue et pourtant presque chaleureuse8.»
Michel Vovelle aussi revendique davantage la paternité
de Labrousse que celle de Braudel: «Les gens de ma génération
étaient divisés, plus quil ny paraît,
en deux équipes: les labroussiens et les braudéliens. Jai
été lélève dErnest Labrousse parce
que ceux qui avaient 20 ans dans les années 1950 (je suis de 1933
et jai eu lagrégation en 1956) et qui souhaitaient
sengager sur les voies dune histoire marxiste, ou plus largement
dune histoire sociale, étaient attirés par cette approche
labroussienne dune histoire quantitative et en même temps
dune histoire sociale précise et à présentation
scientifique9.» Ce témoignage est important.
Il montre comment lapproche préconisée par Labrousse
a pu prendre la valeur dune histoire marxiste en construction pour
beaucoup des très nombreux jeunes historiens influencés
par le Parti communiste français (PCF) dont il faut rappeler
quil est en 1945 le premier parti de France et quil ne déclinera
fortement quau début des années 1980.
Au demeurant, luvre de Marx elle-même
reste peu diffusée en France jusquau mouvement de relecture
impulsé au début des années 1960 par Louis Althusser
dans le cadre de son enseignement à lÉcole normale
supérieure de la rue dUlm (Pour Marx, 1965; Lire
«le Capital», 1965). Ce nest dailleurs quau
début des années 1970 que les éditions du PCF
les Éditions sociales entreprennent un vaste travail de
reprise des traductions et de publication de la totalité des uvres
de Karl Marx. Au sein de la communauté historienne, Pierre Vilar
apparaît comme celui qui fournit leffort le plus rigoureux
pour promouvoir une historiographie pleinement marxiste; ce qui lamène
à débattre avec Louis Althusser, dont il récuse les
thèses sur la coupure épistémologique de 1845 qui
délimiterait un jeune Marx marqué par lidéalisme
dun Marx mûr et pleinement matérialiste.
Cette proximité de lhistoire économique
et sociale française avec le marxisme la conduit à un effort
pour penser la société en termes de classes sociales et
à construire les bases matérielles de cette classification.
Les enquêtes sur les fortunes bourgeoises conduites par Adeline
Daumard sont significatives de ce souci. Pourtant la perspective, au regard
de lhistoriographie marxiste internationale, reste le plus souvent
pragmatique. Sil interprète la Révolution française
comme une révolution bourgeoise qui ouvre «la voie française
au capitalisme», lhistorien communiste Albert Soboul,
qui accède à la chaire de lInstitut dhistoire
de la Révolution française en 1967, refuse didentifier
le mouvement sans-culottes au prolétariat. Il montre au contraire
dans sa thèse sur Les Sans-culottes parisiens en lan II.
Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire (2 juin
1793-9 thermidor an II) publiée en 1958 comment
celui-ci est composé dartisans et de boutiquiers modestes
dont lidéal est celui dune république égalitaire
de petits propriétaires. En définitive, la perspective que
développe ces historiens, comme le dit Albert Soboul dans lintroduction
de lédition de sa thèse (Texte 15. Albert Soboul),
est dabord celle dune histoire «vue den bas»,
attentive aux conditions économiques et sociales, aux revendications
populaires, aussi éloignée des modèles dogmatiques
qui ont pu dominer une partie de la recherche soviétique que de
lhistoire «vue den haut», focalisée sur
la scène politique et les grands personnages.
Il nen reste pas moins que cette perspective ne
fait pas lunanimité et quune histoire politique, qui
elle aussi se renouvelle, échappe à lhégémonie
exercée par lhistoire économique et sociale sur lhistoriographie
française. Celle-ci sarticule, principalement, autour de
deux pôles: lun en histoire moderne autour de Roland Mousnier,
lautre en histoire contemporaine autour de Pierre Renouvin.
8 Pierre Goubert, Un parcours dhistorien,
Paris, Fayard, 1995.
9 Michel Vovelle, «Plutôt labroussien
que braudélien», EspacesTemps, n°34-35, 1982,
«Braudel dans tous ses états. La vie quotidienne des sciences
sociales sous lempire de lhistoire», pp.16-19.
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