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Victor Hugo / Glossaire
 

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Guernesey

Fin octobre 1855, il avait fallu quitter Jersey. Une décision arbitraire du gouverneur de l’île avait envoyé les proscrits protester sous d’autres cieux.
Les Hugo sont partis le moins loin possible : à Guernesey. La tribu aurait préféré aller ailleurs, à Bruxelles, à Londres, plutôt que sur ce rocher en pleine mer. Hugo, lui, veut être propriétaire, le meilleur moyen, pense-t-il, d’échapper à l’expulsion. Il achète une grande maison et la transforme en un étrange palais propice aux rêves, «Hauteville house». À Guernesey, on se mêle moins à la population. On a quelques amis sûrs, des gens respectables, et quelques proscrits, en général des bourgeois bien élevés, comme Guérin, le docteur Terrier et son beau-frère Préveraud.
Hugo passe beaucoup de temps et beaucoup d’argent à remodeler et orner sa maison, sans reculer devant le «mauvais goût» dont il a dit tout le bien qu’il pensait : une maison digne de l’esthétique qui se déploie dans le texte et dans les marges de William Shakespeare. Il a donné à Juliette un nid charmant, qu’on a baptisé «Hauteville Fairie».
S’il n’y avait Juliette, il serait très seul. Sa femme et ses enfants sont de moins en moins là. Il peut se livrer à des travaux de longue haleine, termine Les Misérables, écrit d’autres grands romans, Les Travailleurs de la mer et L’Homme qui rit, imagine un théâtre rêvé pour lequel il n’a ni projet d’édition immédiat, ni projet de représentation. Un autre recueil poétique se mêle à toute cette prose : Les Chansons des rues et des bois, qui doivent un peu de leur allégresse à un séjour sur la minuscule île de Serk.