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Victor Hugo / Glossaire
 

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Ruine

Je l’ai dit ailleurs, rien ne ressemble à une ruine comme une ébauche. Déjà les ronces, les saxifrages et les pariétaires, toutes les herbes qui aiment à ronger le ciment et à enfoncer leurs ongles dans les jointures des pierres, ont escaladé le vénérable portail. L’homme n’a pas fini de construire que la nature détruit déjà.
C’est ainsi que, dans Le Rhin, Hugo aborde la cathédrale de Cologne (lettre X). Depuis, «l’homme» a fini de construire, sans dévier des normes gothiques. Puis des bombes, œuvres de l’homme, ont de nouveau détruit, et la cathédrale serait redevenue un fantôme si elle n’avait pas été très solide. Longtemps, elle s’est dressée, mutilée, aveuglée, au milieu des ruines. Maintenant, tout est refait, bétonné. Pour l’instant, la «nature» ne peut plus ni détruire, ni fleurir.
À Heidelberg, où les ruines étaient le fait des armées de Louis XIV, au cours de ce que l’on a appelé le «sac du Palatinat», le voyageur avait trouvé matière à éblouissement (lettre XXVIII). La ruine «bâtie par les fées de la Renaissance» était maintenant «dans son état naturel». Un «ordre divin» disait Hugo. Nous avons appris à mettre ordre à ces débordements, qui ne sont qu’une forme de la confusion des genres. La froideur des «restaurations» glace l’émotion. En foulant l’herbe au pied d’un burg du Rhin (lettre XV, «La Souris»), Hugo évoque les sensations qu’il avait cru perdues :
Je sentais monter vaguement jusqu’à moi cette odeur âcre des plantes des ruines que j’ai tant aimé dans ma jeunesse.
Les promeneurs des bord du Rhin n’auront plus jamais cette chance. Mais il suffit de lire, et de fermer un instant les yeux, pour faire le voyage immobile auquel le magicien, sans l’avoir cherché, nous invite.