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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Banville
 

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Ce que n’a pas fait le géant, nul ne le fera, et nous n’aurons eu qu’une révolution incomplète.

Banville, Petit Traité de poésie française

Banville, bien que né en 1823, a toujours affirmé son appartenance à la génération de 1830, de laquelle Hugo se détache par sa capacité à «tendre le grand arc du royaume de la poésie». Hugo, qui «résume en lui la dernière perfection, la force de notre poésie épique, lyrique et dramatique», est aux yeux de Banville le poète total, excellant dans tous les registres poétiques.

La justification de la poésie parnassienne passe chez Banville, au grand dam de Leconte de Lisle, par la reconnaissance de Hugo, «père de tous les rimeurs», même s’il s’agit ensuite de s’en affranchir. La filiation est clairement revendiquée dès le premier recueil de Banville, Les Cariatides, inspiré des poésies intimistes de Hugo, dont la préface se clôt de manière significative: «Quant au reste, Victor Hugo, toujours Victor Hugo, Victor Hugo quand même.» Les Odes funambulesques s’inscrivent dans la même démarche: Banville y compose une section intitulée «Les Occidentales», comportant sept parodies des poèmes des Orientales, dans lesquels Hugo prônait un renouvellement poétique fondé sur l’exploration du langage et la redéfinition de la position du poète. Ces parodies sont autant d’hommages adressés à Hugo, à son talent de «ciseleur» du vers. En effet, Hugo, à la suite de Chénier, a ouvert des perspectives nouvelles à l’expression et à l’inspiration poétiques, et Banville se donne pour tâche de poursuivre cette recherche en explorant toute la potentialité comique du vers: «Voici où gît l’invention. […] On y voit pour la première fois appliqués au comique les procédés des poètes du XVIe siècle et ceux créés et renouvelés par M. Hugo, c’est-à-dire la sévérité du rythme, la richesse de la rime, et l’imitation telle quelle des objets plastiques avec des mots.»1

En effet, pour Banville, Hugo n’a pas libéré totalement le vers, qui reste à son goût encore trop statique2. S’il a disloqué l’alexandrin, il est resté classique dans son respect de la césure à l’hémistiche.

Enfin, si Hugo est lié aux succès poétiques de Banville, il l’est aussi à sa première réussite théâtrale: Gringoire3, pièce dédiée à Hugo, est directement inspirée du roman Notre-Dame de Paris.

notes
1. Odes funambulesques, préface.
2. «Quel malheur que cet Hercule victorieux aux mains sanglantes n’ait pas été un révolutionnaire tout à fait, et qu’il ait laissé vivre une partie des monstres qu’il était chargé d’exterminer avec ses flèches de flamme ! Il pouvait, lui, de sa puissante main, briser tous les liens dans lesquels le vers est enfermé, et nous le rendre absolument libre, mâchant seulement dans sa bouche écumante le frein d’or de la Rime !» (Petit Traité de poésie française).
3. Pièce créée au Théâtre-Français en 1866.