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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Flaubert
 

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Pourquoi a-t-il affiché parfois une morale si bête et qui l’a tant rétréci? Pourquoi la politique? Pourquoi l’Académie? Les idées reçues ! L’imitation, etc.

Flaubert, lettre à Louise Colet du 20 décembre 1869

Hugo apparaît aux yeux de Flaubert comme l’un des maîtres de la génération de 1830, à laquelle il se sent attaché «par le cœur du moins». Mais il n’est pas la figure de proue du panthéon flaubertien, et leur relation est loin d’atteindre le degré d’intimité que Flaubert a, par exemple, avec Sand, le «cher maître». L’admiration de Flaubert, «cette obsession charmante»1, s’exprime dans la correspondance avec Hugo par une distance respectueuse, «Monsieur» étant l’apostrophe récurrente. La déférence de Flaubert pour l’homme de lettres s’accompagne d’une reconnaissance de ses qualités humaines. Même s’il avoue à Hugo que «[sa] poésie est entrée dans [sa] constitution comme le lait de [sa] nourrice»2, il n’en est aucunement un disciple mais lui reconnaît une puissance indéniable: «Il y a des gens devant lesquels on doit s’incliner et leur dire: «Après vous, monsieur.» Victor Hugo est de ceux-là.»3

En juillet 1862, son attente est déçue par Les Misérables, et l’œuvre du «grand crocodile», du «suprême alligator», encourt ses foudres: «Moi qui ai passé ma vie à l’adorer, je suis présentement indigné ! Il faut bien que j’éclate cependant. Je ne trouve dans ce livre ni vérité ni grandeur.»4 Flaubert déplore l’inégalité de Hugo depuis La Légende des siècles, son chef-d’œuvre, et dénonce sa fâcheuse tendance à la démagogie et au populisme. Hugo pervertit l’art en s’adonnant à la «rage de la prose philosophique», et, bien qu’il reste à ses yeux celui qui refuse de se compromettre, au nom de l’art et de la liberté, «les dieux vieillissent»5. Et si la charge poétique de ses romans lui semble indéniable, Flaubert lui reproche l’abondance de digressions, de monologues, l’insuffisance de l’action dramatique, son manque de réalisme et ses personnages qui, trop schématiques à force de symbolisme, perdent de leur humanité.

notes
1. Lettre à Hugo du 15 juillet 1853.
2. Ibid.
3. Lettre à mademoiselle Leroyer de Chantepie du 18 janvier 1862.
4. Lettre à Edma Roger des Genettes de juillet 1862.
5. Ibid.