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Victor Hugo et ses contemporains / Hugo / Mallarmé
 

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Le vers, je crois, avec respect attendit que le géant qui l’identifiait à sa main tenace et plus ferme toujours de forgeron, vînt à manquer; pour, lui, se rompre.

Mallarmé, «Crise de vers»

L’image d’un Mallarmé influencé par Hugo peut paraître incongrue. Et le recours obsédant aux étiquettes n’est pas fait pour susciter un tel rapprochement, entre un symboliste et un romantique si bien qu’on a pu parler de «rougeole poétique»1, afin d’en souligner le caractère éphémère. Mais l’œuvre de Mallarmé fait bien souvent référence à celle de Hugo, et de nombreuses réminiscences, tel le Ptyx du «Sonnet en –yx» figurant dans La Légende des siècles, prouvent à quel point la lecture des textes de Hugo lui est familière. Mallarmé, initié précocement à Hugo par ses condisciples, le poète Emmanuel des Essarts et l’égyptologue Lefébure, témoigne dès la découverte des Châtiments, en 1853, d’une grande admiration2 pour le poète, sentiment qui ne se démentira pas3.

Pourtant, de nombreux points les séparent: l’un croit à l’inspiration et au lyrisme poétiques, tandis que l’autre les récuse et revendique la «disparition élocutoire du poète». Car la poésie ne doit refléter que le travail poétique même et gommer toute expression du «je» en «cédant l’initiative aux mots». Alors que Hugo ne cesse de clamer la mission sociale de l’art, Mallarmé refuse de lui concéder d’autre fin que lui-même, plaidant pour le mystère poétique qui éloigne la foule4.

Malgré ces divergences, les qualificatifs hyperboliques abondent sous la plume de Mallarmé, qui érige «le Grand Hugo» en «géant» des lettres et de la poésie françaises. C’est que Hugo est comme l’incarnation même du langage poétique, qui constitue pour Mallarmé l’essence de la littérature. Avec la mort de Hugo s’ouvre une véritable «crise de vers»5, déjà annoncée par la recherche poétique verlainienne.

notes
1. Thibaudet, «À l’ombre des Contemplations», NRF, 1er juillet 1933.
2. Ce qui, d’ailleurs, ne laisse pas d’inquiéter son père: «Vous trouverez votre enfant rêvant poésie et n’admirant que Victor Hugo, qui est loin d’être classique. Ce travers est loin d’être favorable à son éducation.» (Lettre de 1858 adressée aux grands-parents maternels).
3. Il avoue en 1865 posséder un portrait du maître dans son salon, suscitant les sarcasmes de Lefébure, qui raille son hugolâtrie à travers une critique des Chansons des rues et des bois: «Je suis irrévérencieux et je suis sûr que je vous offense; aussi je me sauve, craignant je ne sais quel gourdin invisible.» (Lettre du 2 novembre 1865).
4. «Le cas d’un poète dans cette société qui ne lui permet pas de vivre, c’est le cas d’un homme qui s’isole pour sculpter;son propre tombeau.» (Jules Huert, Enquête sur l’évolution littéraire).
5. «Crise de vers».