Une frontière invisible traverse l'Europe : elle n'est pas politique, elle intéresse
plus le consommateur, on l'appelle la frontière de la bière & du vin1.
Au sud de cette frontière, on produit & consomme plus de vin que de bière.
Au nord, c'est le contraire. Cette frontière est aussi culturelle : les échanges se font
d'est en ouest, côté nord comme côté sud. Par contre, les deux côtés
de la frontière de la bière & du vin s'influencent moins. Les Hollandais ont
été & sont toujours influencés par l'Angleterre & l'Allemagne - leur pays se
trouve coincé entre ces deux pays culturellement puissants. Les échanges culturels entre le
sud & le nord sont moins évidents, aujourd'hui du moins. La France a pourtant joué un
rôle culturel prépondérant aux Pays-Bas, qui est éclipsé depuis, par les
influences du nord de la frontière de la bière & du vin. Une seule exception confirme
cette évolution : la cuisine française.
En opposition à ceux qui voient la France comme le lieu de vacances, sans prendre quelque
intérêt pour la culture locale, aux Pays-Bas un noyau dur de francophiles se plaint du
manque de films français dans les cinémas - il y en avait beaucoup plus dans les années
soixante (de même pour les films italiens). L'occupation des Pays-Bas par Napoléon, suivi du
règne de Louis-Napoléon, a laissé des traces jusqu'au dix-neuvième siècle,
& même jusqu'au début du vingtième, époque durant laquelle le français
était la langue étrangère la plus importante des Pays-Bas. Le travail monumental de Charles
Enschedé, édité en 1908, Fonderies de caractères & leur matériel dans
les Pays-Bas du XVe au XIXe siècle, est écrit entièrement en
français.

1 Durant la session 1997 des Rencontres internationales de Lure, Richard Southall m'a
dit qu'il n'avait jamais entendu parler de cette frontière, il connaissait par contre la séparation cuisine à l'huile d'olive - cuisine au beurre.