Dès son arrivée au Brésil, Lévi-Strauss commence à &
eacute;tudier le folklore et les fêtes campagnardes dans les villages des environs de
São Paulo. Mais pour rencontrer les Indiens dont lui a parlé Bouglé, il
lui faudra aller beaucoup plus loin. Et dès les premières vacances scolaires, il
monte une expédition ethnographique au Mato Grosso, dans les tribus Caduveo et Bororo.
Dans les années qui vont suivre, il étudiera d'autres tribus, notamment celle des
Nambikwara. Il a longuement raconté dans Tristes Tropiques, ces
voyages à l'intérieur de la forêt amazonienne, à la rencontre de
peuplades dont il s'efforce de restituer le système économique et l'organisation
sociale, les modes de vie et de pensée, les coutumes et les croyances.
«
L'ensemble des coutumes d'un peuple est toujours marqué par un style ; elles forment des
systèmes. Je suis persuadé que ces systèmes n'existent pas en nombre
illimité, et que les sociétés humaines comme les individus -dans leurs jeux,
leurs rêves ou leurs délires -ne créent jamais de façon absolue, mais se
bornent à choisir certaines combinaisons dans un répertoire idéal qu'il serait
possible de reconstituer.
En faisant l'inventaire de toutes les coutumes observées, de toutes
celles imaginées dans les mythes, celles aussi évoquées dans les jeux des enfants
et des adultes, les rêves des individus sains ou malades et les conduites psycho-pathologiques,
on parviendrait à dresser une sorte de tableau périodique comme celui des
éléments chimiques, où toutes les coutumes réelles ou simplement
possibles apparaîtraient groupées en familles, et où nous n'aurions plus
qu'à reconnaître celles que les sociétés ont adoptées.
»
Tristes Tropiques, Plon, 1955, p.203.