Les maladies infectieuses
Les maladies subissent des modifications soit du fait de phénomènes naturels, soit au gré des comportements humains ou encore des procédés de leur identification. Par exemple, de nouvelles techniques de laboratoire et les innovations de la biochimie ont modifié la vision de plusieurs maladies, leur place dans la pathologie humaine et les manières de lutter contre elles.
Les maladies infectieuses ont été presque vaincues dans le pays au cours des décennies 1950-1960 ; les enthousiasmes suscités par les antibiotiques, joints à l'amélioration de l'habitat, de l'hygiène, de l'alimentation après les restrictions de la guerre, ont amené à croire qu'un fléau comme la tuberculose était vaincu. Les sanatoriums qui lui étaient consacrés furent démantelés ou reconvertis. La vaccination par le BCG, généralisée à tous les enfants, joua également son rôle, alors que dans d'autres pays elle se heurtait à l'incrédulité médicale.
Aujourd'hui la lutte contre la tuberculose n'est plus une préoccupation majeure, même si, dans sa localisation pulmonaire, elle semble connaître un certain regain dans des groupes de population immigrée et mal logée, ou chez les séropositifs VIH et les sidéens.
Des maladies meurtrières pour les enfants comme la diphtérie, la rougeole, ont disparu grâce à l'obligation vaccinale faite à toute la population, à la différence d'autres pays qui n'ont pas eu recours à cette règle. Le traitement systématique des angines a éradiqué la scarlatine et ses complications cardiaques et rénales. La propreté à la maison et sur le corps a supprimé les infections cutanées, viscérales ou osseuses dues au staphylocoque, etc. Ainsi la pathologie infantile n'est plus de nature infectieuse.
Mais des maladies silencieuses qui existaient sans doute auparavant ont pris une nouvelle place, le plus souvent attribuables à des virus. La poliomyélite qui sévit dans l'immédiat après-guerre fut jugulée grâce à l'usage généralisé des vaccins, en particulier celui de Lépine. La vaccination et la propreté de l'eau, même dans les campagnes les plus reculées, rendent inconnues les fièvres typhoïdes et la plupart des diarrhées infectieuses.
Aujourd'hui l'attention des médecins se concentre sur les hépatites virales, sans doute méconnues jusqu'ici et dotées d'une nouvelle contagiosité. Le vaccin contre l'hépatite B fut une innovation française. La récente épidémie de l'immunodéficience humaine acquise (sida) a profondément ému le public par sa brutalité, alors que l'on croyait l'homme définitivement affranchi des infections. Le virus responsable fut identifié à l'Institut Pasteur de Paris par Luc Montagnier en 1984.
Les parasitoses qui infestaient les maisons ne s'observent plus grâce à des règles d'hygiène strictes et au contrôle par les institutions municipales. C'est également grâce à des mesures agricoles et environnementales que la totalité du territoire national est désormais exempte de paludisme, même dans nos départements d'outre-mer, pourtant situés parfois en zone endémique. On sait que le paludisme est aujourd'hui la principale cause mondiale de mortalité ; les seuls cas observés en France concernent des voyageurs qui ont été contaminés ailleurs.
Les infections bactériennes ou virales contractées du fait d'un acte médical préoccupent d'autant plus les professions de santé et les administrations que leur prophylaxie est problématique. Les infections virales telles que le sida ou les hépatites attribuées à une transfusion sanguine ont été jugulées grâce à une réorganisation complète de la transfusion dans le pays, avec un contrôle permanent ; pour le passé, elles ont fait l'objet d'indemnisations beaucoup plus complexes qu'en Allemagne, où ce risque médical était couvert depuis longtemps par un fonds de garantie.
Plus difficiles à maîtriser sont les infections qui frappent des malades après un séjour à l'hôpital, quelles qu'en soient la durée et la cause. Par destination, ces établissements abritent des hospitalisés porteurs de germes variés et pathogènes que l'on combat par des antibiotiques, dont certains deviennent résistants aux médicaments. L'atmosphère hospitalière est donc riche en germes, et des personnes y sont sensibles. Ces maladies nosocomiales font l'objet d'une lutte particulière, chaque maison de soins lui consacrant une commission de surveillance.
Pour éviter les contaminations de malade à malade, des règles strictes d'hygiène ont été imposées au personnel soignant, et surtout l'usage des matériels jetables s'est rapidement répandu. Les seringues et les aiguilles ne servent désormais qu'une fois ; pour les perfusions de longue durée, les poches contenant le liquide, les tubulures, les cathéters introduits dans les vaisseaux, sont jetés après usage. On utilise des « tissus » en papier ; des sas isolent les salles de malades particulièrement fragiles, les visiteurs s'équipent de masques, de blouses stériles.