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Henri Michaux / L'Aventure d'être en vie
 

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J’étais autrefois bien nerveux

J’étais autrefois bien nerveux. Me voici sur une nouvelle voie : Je mets une pomme sur ma table. Puis je me mets dans cette pomme. Quelle tranquillité! («Magie», Lointain intérieur)

Écrire, pour Michaux, c’est donc à chaque fois inventer un mode d’intervention magique du langage sur le monde. «Magie» : tel est précisément le titre du texte qui ouvre Lointain intérieur. Cette magie, ce serait le pouvoir d’échapper au monde tel qu’il est, à son agitation et à sa contingence. Ce serait aussi un essai de sérénité. Lorsque, après s’être mis dans une pomme, le «je» de la fable tente de s’unir à un fleuve, on se dit: le tao ou le zen n’est pas loin. Mais est-ce là tout Michaux ? Non, car dans la phrase qui suit le poète méditatif ne peut, dit-il, détourner son œil des femmes qui passent. On a d’emblée compris qu’ici la tendance zen sera épicée d’un zeste d’ironie. Une connivence s’instaure, au fil des textes, avec un lecteur sensible, par cette manière communicative dont Michaux transpose ou détourne le plus vif de sa souffrance et le plus secret de son être. Tout est possible dans le rêve éveillé de la fiction poétique: la concupiscence se mêle au tao, la fureur au désir de sainteté, le rire à la métaphysique.