Jétais autrefois bien nerveux Jétais autrefois bien nerveux. Me voici sur une nouvelle voie : Je mets une pomme sur ma table. Puis je me mets dans cette pomme. Quelle tranquillité! («Magie», Lointain intérieur)Écrire, pour Michaux, cest donc à chaque fois inventer un mode dintervention magique du langage sur le monde. «Magie» : tel est précisément le titre du texte qui ouvre Lointain intérieur. Cette magie, ce serait le pouvoir déchapper au monde tel quil est, à son agitation et à sa contingence. Ce serait aussi un essai de sérénité. Lorsque, après sêtre mis dans une pomme, le «je» de la fable tente de sunir à un fleuve, on se dit: le tao ou le zen nest pas loin. Mais est-ce là tout Michaux ? Non, car dans la phrase qui suit le poète méditatif ne peut, dit-il, détourner son il des femmes qui passent. On a demblée compris quici la tendance zen sera épicée dun zeste dironie. Une connivence sinstaure, au fil des textes, avec un lecteur sensible, par cette manière communicative dont Michaux transpose ou détourne le plus vif de sa souffrance et le plus secret de son être. Tout est possible dans le rêve éveillé de la fiction poétique: la concupiscence se mêle au tao, la fureur au désir de sainteté, le rire à la métaphysique.
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