Nous deux encore Février 1948. Mort de sa femme des suites datroces brûlures. 1951-52-53. Il écrit de moins en moins, il peint davantage. (H. M., Quelques renseignements...)On est resté hébété de ce côté-ci. On na pas eu le temps de dire au revoir. On na pas eu le temps dune promesse. Elle avait disparu du film de cette terre. Dis, est-ce quon ne se rencontrera vraiment plus jamais ? Riche dun amour immérité, riche qui signorait avec linconscience des possédants, jai perdu dêtre aimé. Ma fortune a fondu en un jour. Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui tanimait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles. Toujours il a des choses pour toi. Ne me répondras-tu pas un jour ? (Nous deux encore) Cest quentretemps un accident tragique sest produit : au début de lannée 1948, la femme de Michaux meurt dans datroces souffrances. Il écrit alors à Gide, en réponse à un mot de condoléances : «Sur les souffrances, sur laffection, jai appris des choses en cette vie, et sur lamour que peut-être je ne mettais pas assez haut. Mais sur ce quest la mort, je nen sais pas plus, hélas, que si je venais de naître.» Lui qui dordinaire écarte la circonstance, il publie, chez son ami éditeur Jacques Fourcade, un poignant poème damour posthume, intitulé Nous deux encore, où se disent comme le sentiment dune dette, le regret dune méconnaissance à légard de l«ensemble» possible de lamour. Nous deux encore prélude à des mois de silence. Cette terrible épreuve personnelle va pour un temps inhiber lécriture. Dans les années cinquante, Michaux peint de plus en plus. La défiance manifestée depuis longtemps à légard de la langue saccentue. «Écrire ? Des mots ? je nen veux aucun. À bas les mots!» (Émergences, résurgences). La Postface de Mouvements (1951), où un seul poème fait face à soixante-quatre dessins, présente ces formes proliférantes comme une libération, comme un «nouveau langage, tournant le dos au verbal». Les essais rassemblés dans Passages en 1950 proclamaient déjà les privilèges de la peinture, mais aussi ceux de la musique. Car Michaux, de la même façon quil sest mis à peindre sans passer par un apprentissage, joue avec les instruments de percussion quil rapporte de ses voyages, ou bien improvise au piano. Ce sont des improvisations qui «ne deviennent pas des uvres». Ce caractère dincomplétude, voilà précisément ce quen elles il aime par-dessus tout : «Un poème aurait vendu la mèche dix fois, et la prose rend tout ignoble.»
Ne prenons pas à la lettre ces déclarations. Lécriture
reste pour Michaux une nécessité. Cest encore un recueil
majeur qui paraît en 1954, Face aux verrous,
où lon retrouve en particulier, à côté de Mouvements,
les «Nouvelles de létranger» (autres pays imaginaires),
les exorcismes de «Poésie pour pouvoir», et lallégorie
de «LEspace aux ombres». Quant aux aphorismes de «Tranches
de savoir», ils cherchent souvent la formule la plus ramassée pour
dire tout Michaux, dans une sorte de court-circuit du langage :
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