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Henri Michaux / Michaux notre contemporain
 

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Moi, je mets la Chine dans ma cour

J’ai pourtant tellement besoin de voyager.
Ah, si je pouvais vivre en télésiège, toujours avançant,
toujours en de nouveaux pays. (Vents et Poussières)

Michaux, voyageur effréné, n’aura finalement écrit que deux livres de pérégrinations. Mais c’est une façon percutante d’annoncer l’époque des «tristes tropiques» : avec lui (comme avec Leiris ou Segalen), l’écrivain voyageur entre dans l’ère du soupçon. Les deux livres de voyages se terminent tous deux de façon paradoxale : «La vie la plus simple et la plus monotone serait la plus attachante.» (Ecuador) «Ne vous occupez pas des façons de penser des autres. / Tenez-vous bien dans votre île à vous. / collés à la contemplation.» (Un barbare en Asie) Il n’est pas de secret qui soit logé dans les infinies variations du monde, pas d’initiation qui puisse se satisfaire d’un déplacement sur la «planète des agités». Ailleurs, de manière métaphorique et provocatrice, Michaux fait vœu de sédentarisme : «Je ne voyage plus. Pourquoi les voyages m’intéresseraient-ils ? / Ce n’est pas ça, ce n’est jamais ça. [...] Moi, je mets la Chine dans ma cour.»

Ces formules utopiques d’un espace «remparé» sont aussi des antiphrases. Michaux ne cesse de se projeter dans la cour du monde. Mais alors, dira-t-on, pourquoi s’obstiner à voyager ? Dans quel emportement, avec quelle énergie ? Voici deux réponses du voyageur malgré lui :
«En somme, j’aurai voyagé pour connaître des ambiances qui disposent à des idées autres, à des envies nouvelles.» (Passages)
«Non, non, pas acquérir. Voyager pour t’appauvrir. Voilà ce dont tu as besoin.» (Poteaux d’angle)